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Majda Chraïbi : La quête de saisir l’insaisissable

Pour l’artiste-peintre Majda Chraïbi, la peinture est avant tout une élévation, un rêve, un souvenir, une recherche, une perpétuelle quête pour saisir l’insaisissable. Signes, symboles, portraits…Tout cela s’organisant à travers des plages de couleurs abstraites comme fond. Cette architecte de formation invite le public à regarder les «petites choses», celles qui souvent, passent inaperçues.

Majda Chraïbi

«On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux», disait Antoine de St-Exupéry. Cette citation extraite du célèbre roman «Le Petit Prince» de l’écrivain et aviateur français résume la démarche artistique de la plasticienne marocaine Majda Chraïbi. Pour elle, il ne faut surtout pas se figer dans une action répétitive quand on s’empare du succès. L’acte répétitif tue la création, et bloque la recherche. Il faut se renouveler. Cette citation a encore plus de sens aujourd’hui dans une société éternellement changeante où tout va toujours plus vite.
L’œuvre de Majda se déploie ainsi dans l’espace pour le transformer. C’est ce que l’on retient aussi de ses derniers travaux où les couleurs, formes, matières deviennent environnement. Ses interventions sont le plus souvent exécutées à travers ses touches directes, radicales ou vaporeuses en fonction du geste et de sa rapidité. Elle s’empare d’une grande partie des espaces pour réaliser une œuvre immersive plongeant les passionnés d’art dans un paysage dicté par la tension de l’espace et de la peinture abstraite.
Notre artiste peintre joue sur la texture du papier, avec sa technique: peinture à l’acrylique ou sur papier. La couleur vient mettre en valeur le relief et guide son travail pour que ses œuvres dialoguent entre elles, se font écho, sont en résonance, en connivence. Un travail de réflexion sur la matière et, particulièrement, sur les couleurs et les formes. Elle invite les férus d’art de faire un «voyage intérieur» et les incitent à «apprivoiser l’invisible». On sait d’ores et déjà que la plasticienne a utilisé la couleur d’une façon subtile et a assemblé des formes semi-géométriques d’une façon particulière afin que les visiteurs partent à la recherche de cet invisible…
Sur le plan vertical, les étages superposés de la peinture réinterprètent continuellement, de toile en toile, cette vision de l’histoire humaine sertie dans l’histoire cosmique par la vitesse des touches obliques tantôt lentes, tantôt rapides, tantôt étales, tantôt fébriles, et par le changement d’atmosphère induit par le changement des tonalités chromatiques dominantes chaudes ou froides, chaque toile exhibant sa gamme particulière.
Majda ChraïbiSur le plan horizontal, le tableau se présente comme une coupe dans une «bande passante» au déroulement infini, un «arrêt sur image», à tel moment, dans le film du temps. La peinture de Majda Chraïbi mène aussi un subtil jeu contrapuntique entre l’énigme de l’espace apparemment prévisible et maîtrisable et le mystère du temps imprévisible, immaîtrisable, capable d’apporter à tout moment le meilleur et le pire, soirs de bonheur et matins de catastrophes, de mettre l’espace dans tous ses états, sens dessus dessous.
La non-figuration ne se réduit pas au signe catalyseur qui l’arme et la désigne à travers la spontanéité du geste, ni aux seuls codes réducteurs d’une syntaxe soumise aux lois de la géométrie. Et si, en outre elle côtoie parfois l’organique, ingère des matériaux divers, s’évade dans les méandres de l’écrit ou les mouvances de la tache, elle s’autorise des périples clandestins, des colorations secrètes, qui, certes, obéissent à des lois générales, à l’écart de l’immédiat représenté, mais répondent surtout à une éthique et une identité spécifiques, hors d’une filiation directement classifiable.
Le regard vacille sans cesse, émerveillé, entre ses toiles où chacune, d’une seconde à l’autre, suscite une vision nouvelle. Ainsi se révèle-t-elle multiple, polymorphe, créatrice d’un univers pictural unique, comme toutes les grandes œuvres qui, qu’elles soient dramatiques, symphoniques, poétiques ou littéraires, sont si riches que l’on peut soi-même les déchiffrer et les interpréter de façons diverses. Ici, ses œuvres ne sont pas divertissements d’esthète, mais focalisation, symbole du regard de l’artiste-elle-même et de l’émotion qu’elle éprouve.
Loin des diktats du marché, Majda Chraïbi, elle, cherche à célébrer l’unité de la matière et de l’esprit, mais l’esprit est bien ce qu’elle aspire à retrouver en elle. Peu à peu ses œuvres s’épurent et les ensembles colorés se font plus rares. Un univers mis à nu se dévoile et s’ouvre de proche en proche vers l’infini.

Ayoub Akil

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