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Maati Sabri: vers des réalités intérieures

Dans l’univers pictural de l’artiste-peintre marocain Maati Sabri, les couleurs s’expriment pleinement dans toutes leurs nuances voisines avec l’ardeur ensoleillée des paysages et les splendeurs de la culture et du patrimoine marocains. Comme les Nymphéas de Monet, la peinture de ce professeur d’éducation plastique, natif de Bouchane, nécessite de prendre du recul: près du tableau, les jeux de matières, les larges aplats parsemés de touches et de points, à la limite de la projection.

Maati SabriL’univers de l’artiste-peintre Maati Sabri, qui vit et travaille à Had Soualem, on le pressent, s’éloigne du réel angoissant, fait d’insécurité, de violence, de fanatismes, pour proposer une approche vivifiante et pacifiée, une invitation baudelairienne au voyage. Là où n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté. Face au monde tel qu’il se présente, la démarche se révèle donc d’autant plus sincère qu’elle tend vers l’apaisement, la rêverie, la culture… Ces notions qui échappent aux sociétés précipitées au bord du gouffre par des conflits qui les dépassent. Ici, il s’agit avant tout de ce souci majeur de sauvegarder le patrimoine immatériel.

Maati se voit plus que jamais appelé à assumer une responsabilité qui dépasse largement le cadre de l’art : l’image de l’identité nationale. Il est question, pour lui, donc de participer activement à la fois à la cohésion sociale et à la dynamique culturelle du pays à travers l’art. Cela se traduit par la philosophie de cette culture et sa pluralité, mais aussi par les valeurs de respect, de modernité et d’art du partage que ses tableaux véhiculent.
Dans une période attachée à l’ordre, cette conception privilégie le retour au réel et à la figuration, mais un réel transfiguré par la poésie. Les sujets de prédilection de sont alors des scènes d’extérieur (Les marchés animés, les villages aux murs blanchis couronnés de terrasses, scènes de famille…), mais il excelle aussi dans les scènes d’intérieur et les natures mortes notamment les portraits et les paysages. Il y fait preuve d’une solide construction et d’un harmonieux équilibre des couleurs.

À partir d’un assemblage d’une multitude d’éléments photographiques piochés un peu partout, Maati réalise une composition visuelle suffisamment aboutie pour passer à l’étape finale: la peinture. Après avoir transféré son image vers une toile, le travail de peinture consiste à reprendre l’ensemble de l’image pour en révéler son aspect final par l’équilibrage de la lumière, des contrastes et autres effets de matière. Il suffit de s’éloigner de quelques pas pour que la composition s’assemble, se construise et révèle son thème. Et comme tout artiste peintre figuratif digne de ce nom, Maati favorise davantage les matières picturales. C’est l’essence même de l’œuvre de cet artiste inspiré qui s’attache à rendre l’étrangeté du quotidien à travers les natures mortes qui se traduisent par le trait, la touche et la couleur, mais aussi et surtout par son esprit.

Maati SabriDans ses œuvres, le contemplateur s’aperçoit immédiatement les possibilités de notre artiste de guider méthodiquement son imagination pour faire quelques pas dans les territoires infinis de la création. L’œuvre prouve en outre que l’artiste a toute liberté d’imposer un style à ses sujets, sans contraintes aucunes. Surtout en ce qui concerne la responsabilité de la forme dans l’apparition du style. Il est question dans ses tableaux de modifier les apparences en vue de l’expression. Il bouscule, malmène et renverse le sens commun des choses pour arriver à leur signification profonde. Ce qui explique la ferme volonté de ce plasticien inspiré de ne jamais s’en tenir des explications superficielles et d’aller plutôt au-delà des vues conventionnelles vers des réalités intérieures.

Les caractéristiques culturels et patrimoniaux de la région de R’hamna plus particulièrement Bouchane …les trajets sensoriels et émotionnels d’une figure à l’autre sont concrétisés par l’enchevêtrement ornemental des empreintes et des diagrammes, des lignes et des couleurs, le surgissement dynamique de la profondeur vers la surface. Ces éléments sont aussi caractérisés par le passage de la bi-dimensionnalité à la tridimensionnalité, le legs du patrimoine culturel de la région comme mémoire libre persistante et expansion perpétuelle, s’unissent au bénéfice d’une nouvelle expressivité du présent.

Sur ses vastes toiles, Maati Sabri crée des effets de surface par le mouvement du pinceau, prolongement de son corps. Et les lignes s’agencent selon une dynamique tout à fait personnelle. Bien qu’il possède le sens de la matière picturale et du geste, il marque son émotion attachée à la nature et la poésie de l’univers dans une vibration et un enchevêtrement énergique de larges touches colorées.

Ayoub Akil

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