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Loubna Alami : Un parfait mariage entre narration et peinture

Dans un style et une vision subtils, l’artiste-peintre marocaine Loubna Alami a choisi de produire une peinture qui trouve son résonnance dans l’âme des passionnés d’art. Cette plasticienne autodidacte, native de Nanterre en France, qui vit et travaille à Rabat, sous son allure sophistiquée d’abstraction policée : collages, reliefs et mobiles luminocinétiques….

Loubna AlamiCette tension picturale s’exprime par l’interpénétration des formes et des couleurs  posées. Loubna simplifie ainsi les formes abstraites de ses toiles jusqu’à obtenir des coloris comme des vibrations vaporeuses et lumineuses dans des matières majoritairement nobles : des bijoux, des pierres précieuses… Elle y injecte  d’autres genres de peintures, comme celles de glace, de poterie et de céramique…Dans cette démarche picturale originale, elle accorde une haute importance à l’équilibre rythmique des couleurs qui manifeste son dynamisme d’exécution sur toile.  Ajouter à cela l’usage de la broderie, inspirée des tatouages corporels et des ornements de henné.

Ainsi la mise en équation peinture-mémoire, autrement dit le rapport au vécu, suscite chez Loubna Alami l’émergence d’une réalité humaine qui surgit d’un abandon réfléchi où le tressage modulé des compénétrations chromatiques et graphiques véhicule une sémantique issue des profondeurs de la conscience.  Et au fil du temps, elle se crée un univers d’émotions matérialisées par des couleurs et des formes. Elle s’appuie sur son propre terrain fertile en thèmes et en sujets et fait appel à l’imagination, son précieux outil, lui accordant le premier rôle et l’autorisant à s’ébattre en toute liberté et fantaisie. Elle fait confiance également à ce riche substrat de matières variées qui couvent en elle dans les tréfonds de sa psyché et qui est fait de souvenirs, d’expériences marquantes, de rêves, d’idéaux, de toute une symbolique personnelle.

Du perlage au collage, Loubna se crée des évasions, des espaces de liberté et de jouissance, au cœur de ses recherches approfondies, ses illuminations philosophiques et poétiques hautement spirituelles. Sa peinture se veut aussi le reflet de son vécu, sa propre vie. Elle bouscule, malmène et renverse le sens commun des choses pour arriver à leur signification profonde. Ce qui explique la ferme volonté de Loubna Alami de ne jamais s’en tenir des explications superficielles et d’aller plutôt au-delà des vues conventionnelles vers des réalités intérieures. Ainsi, le songe qui s’avance de prime abord masqué offre soudain alors le visage du réel. D’où la consistance de son œuvre qui communique avec toute l’humanité sans rester une digression dans l’histoire.

Loubna AlamiMais au-delà des mots, ce qui reste de cette approche, c’est le plaisir évident de peindre, de suggérer des émotions et des sentiments, au fil desquels se profilent une histoire, une expérience parvenue à maturité, dont on saisira le sens plénier en sachant faire le silence en soi. Pour s’en apercevoir, il suffit de contempler ses œuvres abordant la question du couple stérile comme une forme de militantisme.  Ici, point n’est besoin de l’infini des mots pour entrer en poésie, le pinceau vaut plume raffinée et grandiose, abordant un monde qui nous subjuguera. C’est ce que l’on retient aussi de la série d’œuvres dédiées à ce thème.  Un parfait mariage entre narration et peinture dans un procédé toujours à réinventer. Elle suscite ainsi le questionnement chez l’observateur sur la nature de ce couple, son exclusion, ses malheurs, le regard de la société envers lui.

Le couple, la femme, l’amour, entre autres, sont ses thèmes de prédilection auxquels elle a dédié la majeure partie de ses œuvres.  Sur le plan vertical, les étages superposés de la peinture réinterprètent continuellement, de toile en toile, cette vision de cette histoire humaine sertie par la vitesse des touches obliques tantôt lentes, tantôt rapides, tantôt étales, tantôt fébriles. Cela s’opère aussi par le changement d’atmosphère induit par le changement des tonalités chromatiques dominantes chaudes ou froides.  Chaque toile exhibe alors sa gamme particulière.

Sur le plan horizontal,  chaque tableau se présente comme une coupe dans une bande passante au déroulement infini, un arrêt sur image, à tel moment, dans le film du temps. La dimension verticale délimite l’espace, la dimension horizontale illimite le temps avec son absence de bornes latérales qui suggère que ce qui se déroule sur la toile n’est qu’un spécimen, dans l’instant présent, de ce qui se déroule hors-toile dans les deux directions gauche et droite, passé et avenir, libre à l’imagination de le prolonger indéfiniment.

La peinture de Loubna Alami mène aussi un subtil jeu où la non-figuration ne se réduit pas au signe catalyseur qui l’arme et la désigne à travers la spontanéité du geste, ni aux seuls codes réducteurs d’une syntaxe soumise aux lois de la géométrie.

En effet, sans adhérer radicalement à l’un des axes portants de l’abstrait, son œuvre se tient dans cette aire intermédiaire où l’analogie se fond dans les réseaux métaphoriques d’une écriture iconique de pure sensibilité. Une écriture qui s’avère tissée de multiples gradations, d’énergies foisonnantes canalisées par un flux régulateur et régie par une infrastructure subtile, qui en définit l’armature.

Ayoub Akil

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