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Le coq, l’âne et les autres 

Meriem Lyoussoufi, Fondatrice, Editorialiste

EDITO – Un jour dans un pays lointain surgit un virus inconnu dont les symptômes s’apparentent à ceux d’une grippe pouvant parfois être mortelle pour les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques. Les dirigeants de cette grande puissance mondiale décident, afin d’enrayer la pandémie causée par ce micro-organisme, d’emprisonner toute la population. Ils fermèrent écoles, restaurants, hôtels, cinémas, théâtres, salles de sport et toutes autres commerces jugés non essentiels. Les gens n’ont plus le droit de circuler librement, de recevoir des amis ou de se retrouver en famille. Ils n’ont plus le droit de vivre normalement en attendant que le virus disparaisse comme par enchantement. La planète entière leur emboîte alors le pas, détruisant au passage des millions d’emplois qui subitement glissèrent vers la précarité. On dirait le scénario d’un mauvais film de série B, dont on ignore la fin. Sauf que ce n’est pas de la fiction, mais bel et bien une réalité que nous subissons depuis des mois. Une situation difficile qui étrangement me rappelle une blague même si, je l’avoue, le contexte ne prête guère à la rigolade. C’est l’histoire d’un paysan qui vit avec sa femme, ses trois enfants et sa belle-mère. Il se plaint du raffut. Il n’en peut plus. Il va chez le docteur qui lui prodigue un remède assez troublant. Le toubib lui dit de sortir le coq de sa basse-cour et de l’installer avec eux, dans la maison, pendant une semaine. Il s’exécute. Au bout de sept jours, il revient chez son médecin pour lui dire que la situation n’a fait qu’empirer. Alors le docteur lui dit que tout ira bien mais qu’il devra toutefois ramener l’âne à l’intérieur de la demeure. Une semaine plus tard, le paysan est désespéré et pourtant le médecin lui en remet une couche. Désormais en plus du coq et de l’âne, la famille doit vivre sous le même toit en compagnie du chien. Au bout de quelques jours, le pauvre fermier est au bord de la crise de nerfs. Il ne dort plus, ne mange plus, ne vit plus. À ce moment-là, le docteur le regarde et lui dit de remettre tous les animaux dehors. Quelque temps plus tard, l’homme revient chez le médecin, la mine radieuse, le teint éclatant et le regard pétillant. “Quel calme ! Quel bonheur !”, s’exclame-t-il le sourire aux lèvres. Le paysan semble avoir retrouvé la joie de vivre. Vous voyez où je veux en venir ? On avait notre train-train quotidien, nos habitudes et les soucis qui vont avec. On nourrissait de grandes ambitions pour cette année, et tout comme ce pauvre paysan, on s’est retrouvé dans une posture rocambolesque et dramatiquement dérangeante. Sauf que contrairement à lui, nous ne sommes en aucun cas responsables de notre désarroi, ne déplaise aux politicards qui tentent de nous faire porter le chapeau. Si aujourd’hui partout dans le monde les systèmes de santé vacillent, ce n’est pas de la faute des citoyens. Mais c’est la conséquence directe des politiques foireuses menées par les gouvernements, y compris et surtout chez nous. Des politiques dont les parents pauvres sont la santé et l’éducation. Le confinement, les restrictions et autres interdictions nous ont permis de nous remettre en cause. On a reconsidéré notre manière de vivre et nos priorités tout comme le fermier de l’histoire. Nos élus, eux, feront-ils de même ? Si ce n’est pas le cas, c’est à nous de le faire. Nous devons prendre notre destin en main et faire valoir notre voix. En boudant les élections sous prétexte que rien ne change, c’est comme détourner le regard, changer de trottoir ou encore fermer les yeux sur les injustices et les inégalités. La théorie du tout-pourri ne sert qu’à ceux qui profitent du système pour s’en mettre plein les poches. L’abstention, c’est l’ascenseur qui propulse des gens tellement inaptes à des responsabilités qu’eux-mêmes ne se confieraient pas. Il n’y qu’à voir notre premier ministre, Saad Dine El Otmani, qui, de son propre aveu, n’aurait jamais parié sur lui pour ce poste. Quel crime avons-nous commis pour mériter pareil responsable ? Qu’avons-nous fait pour nous coltiner les personnages comme Benkirane, El Khalfi ou encore Rabbah ? Tout simplement, rien. On n’a rien fait. Justement. On s’est seulement contenté d’assister en spectateurs à notre propre déconfiture. Il est temps d’agir. Il ne suffit pas de voter. Après, il faudra de temps en temps interpeller les élus, leur demander des comptes et voir où ils en sont avec leurs promesses de campagne. Tout un programme quoi !   

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