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Hassna El Idrissi, l’abstrait merveilleusement simpliste

Lumineuses, sereines, abondantes, les œuvres de l’artiste-peintre Hassna El Idrissi dégagent une véritable allégorie et apaisent les sens. C’est pourquoi la plasticienne marocaine, native de Casablanca, figure dans la liste des artistes abstraits contemporains marocains qui privilégient l’art minimal. Son art est aussi et surtout un clin d’œil à sa propre expérience de la vie.

Hassna El IdrissiDe par ses gestes picturaux minutieux et vifs, notre plasticienne développe une œuvre à la charge émotionnelle très forte. Ses compositions sont de véritables réflexions sur la manière d’emplir la toile en dépassant la vision simpliste d’une surface plane délimitée par des bords. Réduisant les moyens pour obtenir un maximum d’effets, Hassna El Idrissi, en parfaite minimaliste, élimine tout ce qui pourrait servir de critère signalant qu’une production est artistique afin d’inciter à repenser à ce qui fait qu’une œuvre d’art est art. Au lieu de découper plastiquement le matériau, c’est plutôt le matériau qui découpe l’espace pour le rendre fluide. Ses œuvres minimales aux formes semi-géométriques, modules qui peuvent être assemblés selon différentes combinaisons, expliquent sa prise de conscience de l’importance de l’horizontalité qu’elle cherchera à substituer à la verticalité traditionnelle. D’aucuns attribuent également à cette expérience de travail où notre artiste fera des unités modulaires simplement juxtaposées en une stricte obéissance à la loi de la gravité. Il faut dire que son travail pictural est une quête perpétuelle des sens.

Elle a parcouru toutes les écoles universelles d’arts plastiques et a touché à tous les styles. Aujourd’hui, elle axe sa réflexion sur la notion de peinture détachée de toute référence à la représentation. Un univers où elle est la seule à concevoir une œuvre spécifiquement pour l’espace qu’elle occupe et qui rompt radicalement avec la représentation. Sa maturation artistique est bien établie. Et elle est nettement perceptible dans ses derniers travaux. En principe, comme toute œuvre de qualité, celles-ci possèdent le sens de l’universel atemporel. Elles sont d’une limpidité chromatique considérable. Là, c’est d’ailleurs la grande force latente de la forme constante de notre artiste, qui n’appelle pas à contestation interprétative. Elle se crée des évasions, des espaces de liberté et de jouissance, au cœur de ses recherches approfondies, ses illuminations philosophiques et poétiques hautement spirituelles. Sa peinture évoque beaucoup les mémoires perdues et ses portes souterraines! Mais la vie est là discrète, tamisée, comme un visage endormi entre deux rêves.

Hassna El IdrissiC’est pourquoi dans ses œuvres, tout suggère cette volonté de voyager au-delà du rythme quotidien, de la parole envolée pour accéder à la béatitude de l’être. Cette lauréate de l’Ecole supérieure des Beaux-Arts de Casablanca en 2003 va explorer l’espace, dynamiter la matière, exploser les couleurs, installer des plans, métamorphoser des supports, tracer des chemins et des passages, réveiller une couleur, ennoie une autre, éclairer tel point et plonger tel autre dans l’obscurité, elle recouvre ou épargne, elle froisse, écrase. Afin de galvaniser les émotions, l’art, en tant que création, prétend élever l’observateur jusqu’à un état transcendant de lucidité. Si cela peut être effectué, l’artiste a atteint son but. C’est comme si cette plasticienne ne se suffit plus de platitude et cherche à brusquer par le volume, le tissage imposant qui rime avec l’excellence souvent gaie et béate du dire. Dans cette optique, Hassna propose à chaque fois une expérience réelle, physique, au contemplateur, l’expérience de la perception de l’œuvre, de ses éléments, de son matériau, de son espace, et l’expérience de son propre déplacement.

Par le recours aux éléments préfabriqués, standardisés de la composition et leurs capacités combinatoires, le regardeur peut éprouver visuellement les différences et les ressemblances entre les éléments, tous équivalents, qui composent chaque œuvre : leur position dans l’espace, le rapport de l’élément au tout, et des œuvres entre elles. Les éléments constituant ses oeuvres sont généralement tous élaborés dans le même esprit authentique afin que celui-ci soit perçu dans son opacité et sa transparence. Elle n’intervient pas elle-même sur le matériau qu’elle laisse brut, mais elle accepte tout ce qui peut altérer l’œuvre : sa propre histoire, le temps, les traces perceptibles et imperceptibles de la main de l’homme.

Ayoub Akil

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