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Asma Bachir El Bouhali et ses poèmes visuels lyriques

Décidément, les œuvres de l’artiste-peintre marocaine Asma Bachir El Bouhali se prononcent comme des poèmes visuels aux dimensions lyriques en constante expansion. Peintes d’une gestuelle aux réminiscences des années 50’s  et nourries de sa propre expérience de la vie, elles sont à la fois métaphoriquessymboliques, poétiques et philosophiques. Elles sont une ode à la vie. 

 

Asma Bachir El BouhaliIl y a dans la peinture de la plasticienne Asma Bachir EL Bouhali, qui vit et travaille à Marrakech, une absence de concession, une recherche d’un monde personnel, d’une harmonie qui semble naître de sentiments. Elle peint sur toile à l’acrylique, souvent en grand format, des mouvements, lumières, formes suggérées qui s’accordent dans ses tableaux, au point, parfois, de tutoyer l’abstraction. En coloriste, elle ne néglige pas les effets de matière. Au contraire, ses œuvres abstraites contemporaines sont l’aboutissement de ses recherches, études de styles visant la définition, la jonction entre l’absence et la présence, le vide et le plein, le visible et l’invisible.

Et comme nombre d’expressionnistes abstraits, dans ses œuvres, la forme cède devant le contenu, celui de sa conscience ou celui de son inconscient.  L’espace du tableau  devient alors un tremblement, un souvenir, un détail, un tourbillon chromatique, une vérité mystérieuse, une fissure spirituelle, entre autres. Il s’agit ici d’une peinture universelle, une touche ample, aux accents symphoniques, célèbrent les grandes forces originelles, suggérées par des matières irisées, diaprées, aériennes.  Ses œuvres abstraites impressionnistes, expressionnistes ou lyriques sont constituées en très grande majorité de toiles recouvertes de fragments. Le temps intérieur ou l’émotion créatrice, et le temps extérieur ou la matérialisation de cette émotion dans son œuvre est rendu simultané par sa matière fluide, légère et transparente. Une prouesse qu’elle accomplit avec une aisance, une maestria et une si grande liberté.

Dépassant les apparences dont elle refuse de se faire le reflet passif, évitant les pièges du plaisir décevant que procurent les seules harmonies décoratives, c’est dans une expérience spirituelle que son travail propose d’entrer.  Quel recueillement, quel silence contemplatif dans les œuvres d’Asma ! Ses nouvelles toiles nous prouvent ce cheminement intérieur. À présent, l’artiste semble avoir pris de l’altitude avec ses chants aux sonorités hautement spirituelles. C’est aussi l’une des composantes de son univers.

Asma Bachir El BouhaliSa superbe peinture, de caractère universel, ne saurait se limiter à ce regard récurrent sur les seuls environs de la peinture marocaine, maghrébine, arabe ou africaine. Ils ne sont que le point de départ d’une errance dans laquelle cette artiste nous entraîne avec elle. Le regard vacille sans cesse, émerveillé, entre ses toiles où chacune, d’une seconde à l’autre, suscite une vision nouvelle. Ainsi se révèle-t-elle multiple, polymorphe, créatrice d’un univers pictural unique, comme toutes les grandes œuvres qui, qu’elles soient dramatiques, symphoniques, poétiques ou littéraires, sont si riches que l’on peut soi-même les déchiffrer et les interpréter de façons diverses. Ici, les silhouettes, présentées parmi les grandes toiles carrées, ne sont pas divertissements d’esthète, mais focalisation, symbole du regard de l’artiste-elle-même et de l’émotion qu’elle éprouve.

Furtive, incisive et juste, la touche de la plasticienne Asma Bachir El Bouhali  nous introduit directement dans son univers magique où elle donne libre cours à sa sensibilité. Peindre c’est d’abord un plaisir qui lui permet de communiquer aux autres sa vision, d’amener l’invisible au visible, de mettre le point sur l’irréel et le réel, c’est aussi la possibilité de transmettre la poésie de la vie en les faisant sortir de la guerre duelle. Rêver c’est changer sa perspective. Ses toiles se construisent sans idée préconçue. Il n’y a ni croquis ni schéma, elles résultent de l’inspiration du moment. Une fois finies, elle y pose un regard aussi pénétrant que contemplatif. Elle est dans le plaisir de l’accouchement et elle s’émerveille de chaque nouveau bébé.

Bref, la palette  est vibrante de transparences, au sein d’un geste sûr, magistral, poétique et émouvant. Les trouées de lumière nous entraînent au-delà même des limites du tableau. Devant ces frémissements de lumière, le souvenir de Jackson Pollock s’empare de nous. C’est pourtant un autre monde, mais c’est bien la même magie.

Ayoub Akil

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