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Affaire Tariq Ramadan : la plaignante suisse se dit harcelée

Tariq RamadanJUSTICE – Elle est connue sous le nom de Brigitte. Elle, c’est la femme qui se qui accuse l’islamologue genevois Tariq Ramadan de viol. Dans une interview accordée au journal « Le Matin Dimanche », elle dit être harcelée 24 heures sur 24 sur les réseaux sociaux depuis qu’elle a porté plainte. «On m’insulte sans cesse. On me menace de mort. On révèle des éléments de mon identité, de mon adresse», ajoute-t-elle. Elle précise avoir reçu des appels téléphoniques anonymes menaçant ses enfants. Pourtant, elle déclare n’éprouver «ni haine, ni colère, ni dégoût» pour l’accusé, seulement «une grande lassitude». Indiquant n’être ni motivée par la vengeance ou un «combat idéologique» contre l’islam ou les hommes, elle veut livrer cette bataille pour elle, ses enfants et toutes les victimes de violences. «Je souhaite simplement que la vérité éclate et que justice soit faite».

La cour d’appel de Paris a annulé, jeudi 17 juin 2021, une expertise psychiatrique selon laquelle les femmes qui accusent Tariq Ramadan de viols étaient en partie sous son emprise, a confirmé l’un de ses avocats au Monde, après une information de l’Agence France-Presse (AFP). Ce débat judiciaire sur la notion d’emprise est primordial pour les juges d’instruction, qui doivent déterminer, avant d’ordonner un éventuel procès ou l’abandon des poursuites, si l’islamologue peut être ou non accusé d’avoir imposé des actes de pénétration sexuelle par une forme de «contrainte morale».

Toutefois, de nouveaux experts vont devoir réexaminer cette question au cœur de l’affaire. L’expertise de mai 2020 du docteur Daniel Zagury a été invalidée par la chambre de l’instruction pour un vice de procédure. Le célèbre psychiatre avait interrogé plusieurs plaignantes ou témoins sans l’accord des juges d’instruction. L’expert avait seulement été autorisé à consulter le dossier, dans lequel figuraient les déclarations des femmes concernées.

La cour juge toutefois que «l’analyse des relations ayant pu exister entre les huit plaignants et témoins recensés (…) et Tariq Ramadan constitue un élément central de la procédure qui doit impérativement faire l’objet d’une étude approfondie», qui pourrait être confiée à « un collège d’experts », selon l’arrêt consulté par l’AFP. «L’expert a commis un abus de pouvoir qui a été sanctionné, c’est la juste application de la loi», s’est félicité Philippe Ohayon, un des conseils de Tariq Ramadan, mis en examen pour des soupçons de viols sur cinq femmes, ce que l’intellectuel suisse conteste fermement, plaidant des relations consenties. « Cette décision confirme bien qu’il n’y a plus de dossier Ramadan », assurent deux autres avocats de la défense, Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, considérant « la notion d’emprise » comme « une bouée de sauvetage pour sauver cette instruction du naufrage judiciaire ». À l’inverse, pour Eric Morain, avocat de deux plaignantes, « la cour a ordonné une contre-expertise, preuve, s’il en est, que la question de l’emprise est plus que jamais au cœur de ce dossier ».

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