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Yahya El Mahzouz, le peintre de la réalité poétique

Décidément, l’univers pictural de l’artiste-peintre marocain Yahya El Mahzouz est une promenade dans l’infiniment petit. C’est la proposition d’un voyage à pied dans des endroits qui nous sont familiers et que l’on prend le temps de regarder plus en profondeur. Le plasticien, natif de Tétouan en 1972, s’inspire de sujets oniriques, ou fantasmagoriques mais ses œuvres restent cependant fidèles à la réalité de formes. Elles déroutent, interrogent, dégagent de la poésie.

Yahya El MahzouzC’est à pied que l’on comprend le mieux le paysage. C’est dans le rythme de la marche qu’il se dévoile en mouvement. Le paysage n’est jamais fixe, c’est une danse qui se produit devant nos yeux à chaque fois que l’on bouge. Idem pour les natures mortes, les portraits. Dans l’univers plastique de Yahya El Mahzouz, tout est aérien, fin et léger. C’est aussi un mélange entre le dessin et l’écriture.
Ce plasticien, professeur d’éducation plastique à la Ville de Settat et vice-président de l’Association Tamesna des beaux-arts à Settat, semble avoir inscrit ses travaux dans la lignée des Peintres de la Réalité Poétique, dont Maurice Brianchon fut le chef de file. Dans une période attachée à l’ordre, cette conception privilégie le retour au réel et à la figuration, mais un réel transfiguré par la poésie. Les sujets de prédilection de Yahya sont alors des scènes d’extérieur (Les marchés animés, les villages aux murs blanchis couronnés de terrasses, les moussems de la fantasia, scènes de famille…), mais il excelle aussi dans les scènes d’intérieur et les natures mortes notamment les portraits et les paysages. Il y fait preuve d’une solide construction et d’un harmonieux équilibre des couleurs.
Comme les Nymphéas de Monet, sa peintre nécessite de prendre du recul: près du tableau, les jeux de matières, les larges aplats parsemés de touches et de points, à la limite de la projection. Ses choix se font par impulsions : dès lors qu’une représentation lui plait assez pour l’inspirer, il reste au plus près de ses formes, qu’il veut souples, variées et irrégulières, les plaquant sur les contours de son modèle. Mais quand viennent les couleurs, sa liberté se débride. Ici, aucune règle et surtout pas de fonction descriptive ou narrative. Le chromatisme vif et contrasté de ses peintures ne dépend que des rapports des tons entre eux, selon les surfaces qu’ils animent, de manière totalement subjective.
A partir d’un assemblage d’une multitude d’éléments photographiques piochés un peu partout, Yahya El Mahzouz réalise une composition visuelle suffisamment aboutie pour passer à l’étape finale: la peinture. Après avoir transféré son image vers une toile, le travail de peinture consiste à reprendre l’ensemble de l’image pour en révéler son aspect final par l’équilibrage de la lumière, des contrastes et autres effets de matière. Ce qui lui permet de mieux mettre en œuvre son univers onirique. Il suffit de s’éloigner de quelques pas pour que la composition s’assemble, se construise et révèle son thème. Le regard à l’œuvre découvre alors des silhouettes suggérées qui évoluent si librement dans l’espace. Suggérées car les formes restent avant tout allusives, comme si les êtres devaient se fondre avec la nature, dans une harmonie qui exclurait toute vaine tentative de domination. Surtout qu’il s’agit d’un plasticien dont l’univers intime est fait de rêves fugaces et de poésie impalpable : le figuratif.
Dans ses travaux, Yahya cultive un lâcher-prise qui autorise à sa création de remonter de l’obscurité jusqu’au grand jour. Ici encore, la composition s’impose d’elle-même en une sorte de lumineux éclat visionnaire, à partir de quelques éléments entrevus que l’ensemble se construit au rythme de l’élan créateur. Les figures humaines, animalières et géométriques de base ont toujours été intégrées à l’esquisse d’un paysage donné, avec des constructions architecturales qui essaient de mettre de l’ordre dans le chaos du monde tel qu’il le perçoit. Les couleurs dominantes se marient aux multiples nuances des autres couleurs, créent des compositions aux multiples surfaces contrastées, avec une mise en lumière parfaite et maîtrisée. Le principal changement de rythme est dans la structuration même de l’espace : les grandes figures humaines, animalières notamment les chevaux, occupent désormais la place centrale de l’espace pictural.
La réflexion technique de Yahya El Mahzouz se métamorphose ainsi en méditation quasi-spirituelle. Le peignage des plages colorées rappelle les pratiques des miniaturistes et le sillonnement des jardins zen, lieux de méditation par excellence. Qu’on le veuille ou non, bien qu’il soit toujours dans la recherche et l’expérimentation, Yahya reste fidèle à son vocabulaire formel et chromatique qui signifie en dépit et au-delà de la finalité qu’il lui assigne.

Ayoub Akil

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