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Samira Nadia Amar, la doctoresse qui venait de l’Est 

Bogotá – En mettant le cap sur l’ex-URSS, en 1980, pour étudier la médecine, la Marocaine Samira Nadia Amar n’avait jamais pensé qu’elle va débarquer un jour en Colombie pour exercer la profession d’Hippocrate.  

Samira Nadia AmarPORTRAIT – Native de Casablanca, mais fière de ses origines slaouies, Samira Nadia Amar a un parcours riche et varié tant sur le plan professionnel comme médecin qu’au niveau personnel. Après des études secondaires au Lycée Plateau de Bettana à Salé où elle a décroché son baccalauréat en 1978, la jeune Samira a intégré la faculté de médecine Mohammed V de Rabat, mais au bout d’une année, elle a commencé à s’ennuyer et pensait sérieusement à abandonner la faculté de médecine. « J’ai vite déchanté car la facilité et la monotonie sont mes pires ennemis. Je ressentais un désir ardent de découvrir de nouveaux horizons en poursuivant mes études à l’étranger », a confié Dr Samira. Son attente n’a pas trop duré. Grâce au soutien de son oncle paternel, elle a réussi à obtenir une bourse d’études de l’ex-URSS. C’est alors qu’une nouvelle vie commence pour Samira. Arrivée en 1980 à Moscou, elle a été envoyée à l’Institut de médecine de Minsk en Biélorussie, à l’époque république de l’ancienne URSS. « C’est là où j’ai connu le père de mes deux filles, un Colombien qui faisait lui aussi des études en médecine », raconte Samira Nadia Amar avec une simplicité naturelle. Abordant les raisons qui l’ont poussées à s’installer en Colombie où elle exerce actuellement en tant que médecin de travail au sein de l’Unité de santé au travail à Bogotá, elle a indiqué que son choix est dû au hasard et à une conjonction de circonstances. « Je n’avais jamais eu l’idée de vivre ni de travailler en Colombie. Après sept ans d’études à l’Institut de Minsk, nous sommes rentrés au Maroc avec l’idée d’y vivre et faire carrière, mais le destin en a voulu autrement », poursuit-elle sur un ton nostalgique. « Face aux problèmes rencontrés par mon époux pour exercer au Maroc, notamment le problème de la langue et de l’équivalence de son diplôme, on a dû opter pour la Colombie. C’était l’option la plus logique », indique Dr Samira. Après un séjour de six mois au Maroc, elle a débarqué en 1989 en compagnie de son époux et de sa fille ainée à Bogotá où elle va entamer une nouvelle expérience riche et pleine de défis. « Pour valider mon diplôme, j’ai dû m’inscrire à la faculté de médecine de l’Université nationale de Colombie à Bogotá, l’une des plus prestigieuses du pays, où j’ai terminé mon internat en médecine générale en 1990 », explique cette slaouie. Dr Samira a par la suite été affectée à l’hôpital rural de San Juan Sumapaz (centre) pour y effectuer son service civil, alors que son époux a été désigné dans le village voisin de Nazaret. « C’était une expérience très dure car la région était classée zone rouge à cause de la présence massive des combattants de l’ancienne puissante guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) », raconte-t-elle. Mme Amar a échappé belle à un enlèvement de la part des Farc, lorsqu’une nuit des guérilleros se sont présentés à leur domicile en obligeant, sous la menace des armes, son époux à les accompagner dans leurs camps pour soigner leurs combattants blessés dans les combats avec l’armée colombienne. « Ils voulaient aussi me ramener, mais après moult supplications, ils se sont finalement rétractés lorsqu’ils ont appris que je suis étrangère et mère d’une fillette », se remémore-t-elle. « Je suis restée marquée par cet incident. Mon époux a été chanceux car, contrairement à certains de ses collègues enlevés lors de la même période et qui n’ont jamais donné signe de vie, il a été relâché de nuit, après une semaine, en compagnie d’un médecin dentiste et d’une infirmière », indique Dr Samira. De retour à Bogotá en 1992 après la fin de son service civil, elle a travaillé avec plusieurs compagnies d’assurance qui gèrent des cliniques et hôpitaux privés en tant que médecin généraliste avant de s’inscrire à la faculté de médecine de l’Université Manuela Beltrán de Bogotá pour se spécialiser dans la médecine de travail. Depuis 2013, elle travaille à la Clinique d’asthme de Bogotá et avec l’Unité de santé au travail chargée d’examiner les patients victimes d’accidents de travail et d’en évaluer leur degré d’incapacité pour pouvoir bénéficier de la pension d’invalidité. « Je me rends également dans les entreprises et les unités industrielles pour vérifier si les normes de sécurité au travail sont respectées », précise-t-elle encore. S’arrêtant sur sa relation avec sa patrie, Dr Samira affirme qu’elle est fière d’être marocaine, précisant que ses liens avec son pays d’origine n’ont jamais cessé. « J’ai quitté mon pays, mais mon pays ne m’a jamais quitté. Le Maroc, je le porte dans mon cœur. Mes filles n’ont jamais renié leur identité marocaine. En dépit de l’éloignement, nous sommes toujours attachées aux valeurs et aux traditions de notre cher pays », explique Dr Samira. Et de préciser qu’elle n’a jamais fait de demande de naturalisation pour devenir colombienne. « Je vis en Colombie avec une carte de séjour et je me déplace à l’étranger avec mon passeport marocain », dit-elle, l’air fière. Selon elle, le Royaume est de plus en plus connu en Colombie, attire un grand nombre de touristes Colombiens et jouit d’une bonne image grâce aux séries télévisées latinoaméricaines tournées au Maroc notamment la célèbre télénovela brésilienne « El Clon« , aux sportifs marocains évoluant au sein de célèbres clubs européens et à la participation du Royaume aux événements sportifs internationaux telle que la Coupe du monde. Tout en soulignant que son intégration s’est déroulée sans problèmes en Colombie, un pays accueillant et hospitalier, Dr Samira reconnaît qu’elle n’aurait jamais mis les pieds dans ce pays si elle était au courant des problèmes de violence et d’insécurité dont souffrait le pays à l’époque. « Je me considère comme une miraculée. Le 6 décembre 1989, j’ai pris un taxi pour me rendre au siège abritant le Département administratif de sécurité (DAS, Services de renseignement) pour effectuer les démarches de demande de la Cédula de extranjeria (carte de séjour), mais heureusement que je n’ai pas pu me présenter à l’heure du rendez-vous car au moment où j’étais en route, le bâtiment a été complètement soufflé par l’explosion d’un camion-piégé ». « C’était l’un des attentats les plus spectaculaires dans l’histoire de la Colombie moderne commis par le cartel de Medellín, dirigé par le mythique Pablo Escobar. Il avait fait 52 morts et 1.200 blessés et détruit 300 commerces », dit-elle. « Lors des dernières années, la Colombie s’est largement pacifiée et la violence a nettement baissé, mais je vis toujours avec le sentiment d’insécurité », confesse Dr Samira Nadia Amar. 

(Avec MAP)

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