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Que cache la crise du choléra en Algérie ?

ANALYSE – La survenue de l’épidémie du choléra révèle l’état de délabrement des villes algériennes, et une gestion défaillante du gouvernement, impuissant devant l’étendue du drame.

choléra Le ministère de la Santé algérien a annoncé le 30 août à la presse que « l’épidémie [était] actuellement circonscrite à la wilaya (préfecture) de Blida », un des foyers de l’épidémie, située à une cinquantaine de kilomètres au sud d’Alger. Avant, le nombre d’hospitalisations liées à des suspicions de choléra aurait été divisé par deux. Plus de la moitié des quelques 200 patients hospitalisés depuis la réapparition du choléra début août sont rentrés chez eux. Il y a quelques semaines encore, le quotidien El Watan a fustigé « une gestion chaotique » de la crise par un gouvernement aux abonnés absents depuis l’apparition de la maladie. « Aucun des ministres concernés par cette situation, à savoir celui de la Santé, de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, ainsi que celui des Ressources en eaux, n’a daigné s’adresser à la population », s’insurgeait El Watan. Le 20 août, le ministère de la Santé et l’IPA avaient publiquement réfuté que les admissions dans les hôpitaux étaient liés au choléra, avant de se rétracter trois jours plus tard. Le 26 août, le ministre de la Santé Mokhtar Hasbellaoui a affirmé que son ministère était « actif depuis le premier jour pour mettre en place une stratégie ». Pour justifier l’absence d’annonce officielle avant la fin du mois, il a expliqué que l’on « [ne pouvait] pas annoncer la maladie avant le diagnostic positif. On était dans un cadre de suspicion. Dès qu’on a eu la confirmation on l’a dit ». Pourtant, plusieurs journaux mettent en cause ces annonces. Le média en ligne TSA (Tout sur l’Algérie) indique, citant une source médicale, que « l’Institut Pasteur et le ministère de la Santé étaient au courant de la nature de la maladie au moins dès le lundi 20 août ». La crise sanitaire s’inscrit dans un contexte de dégradation de certains services publics, parmi lesquels celui associés au ramassage des ordures – comme le dénoncent certains internautes. Dans la presse, les représentants du parti d’opposition Jil Jadid alimentent cette controverse. « L’hygiène publique qui n’est plus assumée par les autorités tant locales que nationales, l’éducation en général et l’éducation civique en particulier, la gestion de l’eau, de l’exploitation des sources hydriques, de la manipulation des produits phytosanitaires, des médicaments », accusent-ils dans un communiqué. Le quotidien arabophone El Khabar estimait la semaine dernière que «le manque d’informations concernant l’origine de la maladie […] a provoqué une phobie chez les Algériens». De fait, le 30 août, un communiqué de l’IPA avait semé le trouble en mentionnant parmi les vecteurs « suspectés » du choléra «la contamination de fruits, pastèque, melon non lavés ou légumes pouvant être consommés cru […] irrigués par une eau polluée par les matières fécales». Un discours ambigu, qui laissait à tort croire que le consommer la chair d’une pastèque présentait un danger. Dans l’actuel climat de défiance, les démentis ultérieurs du ministère et de l’Institut Pasteur n’ont pas forcément été entendus. Le choléra avait totalement disparu d’Algérie en 1996 – la dernière épidémie d’ampleur remontant quant à elle en 1986.

 

 

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