Home / Europe / Pourquoi Tarik Ramadan est-il en détention malgré sa maladie ?

Pourquoi Tarik Ramadan est-il en détention malgré sa maladie ?

Tarik RamadanIl y a quelques semaines, une pétition qui circulait sur net réclamait «une procédure équitable» dans l’affaire Tarik Ramadan. Les signataires dénonçaient le traitement judiciaire réservé à l’islamologue Tariq Ramadan, inculpé et incarcéré pour viols en France. «Pourquoi Tariq Ramadan a-t-il été privé de liberté sous caution lors de l’enquête préliminaire (alors) qu’il s’est rendu volontairement à l’interrogatoire et a donné toutes les garanties requises ? (…) Existe-t-il une forme de justice pour les musulmans en France et une autre pour tous les autres ?», s’interrogent-ils.

«Les magistrats français semblent ignorer les diagnostics de neuf médecins qui stipulent que Tariq Ramadan souffre d’une sclérose en plaques, y compris l’avis de l’autorité médicale en chef de la prison qui a confirmé que son état de santé n’était pas compatible avec le maintien en détention», est-il également écrit dans cette lettre. Justement, la défense du théologien suisse de 55 ans, écroué en février pour des accusations de viol, avait invoqué sans succès son état de santé pour être libéré. Une expertise médicale, déposée mi-avril chez les juges d’instruction, avait en effet confirmé que Tariq Ramadan souffre d’une sclérose en plaques mais que son traitement médical «n’est pas incompatible» avec le maintien en détention. «La prise en charge actuelle (…) n’est pas incompatible avec la détention. Toutefois les experts insistent sur le fait que Tariq Ramadan, s’il restait en détention, devra continuer à bénéficier de l’accès aux soins», notamment de son traitement médicamenteux et de ses quatre séances de kinésithérapie hebdomadaire, écrivent-ils encore.

Depuis, la défense de l’universitaire ainsi que ses sympathisants ne cessent de crier au scandale jugeant cette expertise comme étant « absurde ». Qu’en est-il réellement ? La sclérose en plaque nécessite des soins quotidiens : suivi médical, traitements, kiné, un régime alimentaire adapté ou encore avoir le plus possible une activité physique adaptée au handicap pour maintenir les capacités physiques ou ralentir la dégradation. Tariq Ramadan n’est pas un cas isolé. En France, il y a un grand nombre de détenus atteint de cette maladie, dont le plus célèbre est Fernández Iradi, prisonnier politique basque. Incarcéré depuis 11 ans, il avait été condamné à 30 ans de réclusion en 2008 et 2009 pour avoir tiré sur un gendarme en 2001 dans le Sud-Ouest de la France, et notamment en tant qu’ex-chef militaire de l’ETA. Sa maladie s’est déclarée en 2011, alors qu’il se trouvait provisoirement en Espagne pour être entendu par la justice.

Le maintien  en détention de l’universitaire a été décidé afin notamment «d’empêcher une pression sur les témoins». Les juges ne semblent guère sensibles aux arguments de la défense du prédicateur qui s’est empêtrée, dès le départ, dans des situations inconfortables nuisant à la crédibilité de l’accusé. Il y a eu l’affaire de l’alibi non vérifié que ses avocats se sont empressés de mettre sur la place publique. Tariq Ramadan a même été obligé de changer d’avocat. Devant les magistrats, l’intellectuel suisse, d’origine égyptienne, a levé le voile sur sa double vie secrète loin de l’image qu’il renvoyait, celle de l’homme pieux qui défend la morale et la piété. Il a, pour la première fois, reconnu des relations sexuelles «consenties» avec sa troisième accusatrice lors de son audition.

About Rédaction

Check Also

80 à l’heure

A 80 à l’heure, les Français doivent lever le pied  

Alors que se profilent les grands départs estivaux, les automobilistes français et étrangers vont devoir ...