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Quel monde post-Covid voulons-nous ?  

Abdelkrim Lamouri
Abdelkrim Lamouri
Consultant – formateur
Chercheur en management

TRIBUNE LIBRE – A l’échelle mondiale, la lutte contre la propagation du Coronavirus prend diverses formes. Outre les différents choix de lutte proprement médicaux, différentes options de mobilisation, de sensibilisation, d’implication et de prise en charge sont entreprises. 

Le premier constat que l’on puisse faire, est que cette pandémie a mis l’humanité toute entière face aux inepties souvent irréparables de ses choix de société dictés par l’avidité effrénée pour l’enrichissement sans vergogne, le massacre acharné des composantes vitales de la nature, mers-terre-air : déforestation accrue, surexploitation agricole à coup d’OGM, pesticides, hormones, usage démesuré des ressources d’eau et pollution multiforme pour ne citer que ces actes ravageurs. 

Le deuxième constat c’est que le niveau d’efficacité de la lutte contre le virus Corona est corrélé à celui de la préparation préalable des différents pays à ce genre d’épidémie. En effet, il n’est pas compliqué de constater que pour certains Etats la lutte contre les catastrophes naturelles ou autres se concrétise dans le cadre de véritables orientations stratégiques préétablies et qui se déclinent en plans d’action opérationnels si les dites catastrophes venaient à se produire. Ce sont des choix politiques intégrés dans une approche globale de gouvernance. Conséquemment, des objectifs sont fixés, et des moyens sont mis en disposition car, peut-on parler d’objectifs sans moyens appropriés humains, financiers et logistiques ? Les chinois n’ont pas créé, en deux mois seulement, les robots testeurs de masse, accueillant élégamment les patients et effectuant efficacement des services médicaux complexes ainsi que tous les autres objets intelligents connectés interagissant et dispensant l’homme de tâches dures, risquées et coûteuses. Pour eux, tout est prévu, même l’imprévisible.

Dans cet ordre d’idées, deux pistes de réflexions semblent prioritaires :

1 Comment peut-on mieux reconcevoir ensemble notre devenir post-Covid

C’est une Lapalissade de nos jours que d’affirmer que la réflexion, notamment stratégique doit présider à toute initiative quelle que soit sa dimension. Malheureusement, ce sont les méthodes efficaces de réflexion qui font défaut dans nos institutions publiques et privées, tous secteurs confondus. Les raisons réelles sont en fait inhérentes aux résistances au changement. Les paradigmes du chef qui décrète et ordonne, et conséquemment la hiérarchisation et la verticalité accrue des organigrammes empêchent l’adoption de systèmes de management novateurs. 

S’agissant réellement d’un problème de conception et de méthode, certains exemples peuvent aider également à la prise de conscience de la place grandissime que doit avoir la réflexion stratégique quelle que soit la dimension et le domaine de l’organisation. Les exemples foisonnent, mais celui du miracle japonais, même rabâché plusieurs décennies durant est une excellente démonstration qui incite à la méditation : « Un rocher » dans un océan qui bouge constamment, parfois violement, un pays, sans ressources naturelles notoires, l’unique pays au monde ayant subi deux bombes atomiques lors d’une guerre atroce devient l’une des plus grandes puissances mondiales. 

Le secret de ce miracle n’est pas la résultante du Plan Marshall uniquement, mais c’est foncièrement une démarche de réflexion collective, participative et impliquant chercheurs, dirigeants, associations et universités initiée par l’Union japonaise des scientifiques et ingénieurs(UJSE). Cette dernière a développé les fondements du management de la qualité en dix ans. Il s’agit en fait d’une véritable coupure épistémologique dans l’histoire de la gouvernance. L’intelligence collective a évolué en tant démarche managériale mais surtout en tant que compétence à part entière scrutée dans les processus de recrutement dans les pays qui en mesurent réellement l’importance. Cette évolution est dictée par la prise de conscience que les succès d’hier ne garantissent pas les réussites de demain. Nos dirigeants sont malheureusement dans une posture diamétralement opposée à ce postulat. 

La réflexion est donc la base de toute décision probante, mais réflexion ne signifie pas discussion, elle doit prendre le temps et les moyens nécessaires. Albert Einstein disait « Si j’avais une heure pour résoudre un problème, je passerais 55 minutes à déterminer la bonne question à poser, car lorsque je connaîtrai la question, je pourrai résoudre le problème en moins de 5 minutes » 

2- Pas de modèle de développement probant sans la trilogie enseignement-écologie-santé.

2-1 – L’enseignement : posons les bonnes questions

Notre enseignement est défaillant. Il est victime des querelles sectaires, des magouilles politiciennes dictées par l’opportunisme et les intérêts mesquins de toutes sortes. Il est désolant qu’au XXIème siècle nous continuons à débattre de la question de savoir quelle langue adopter, comme si c’était la bonne question face aux défis incalculables de l’incertitude sévissant.

Le traitement de faux problèmes depuis plusieurs décennies nous coûte des milliards de dirhams au lieu de nous faire gagner en temps, en moyens et en performance. Les programmes scolaires et universitaires sont dépassés : Aucune université ou école supérieure n’offre l’intelligence collective ou la prise de décision comme filières à part entière à l’instar de ce qui existe sous d’autres cieux. Est-il normal que toute formation sectorielle est quasi inexistante dans nos universités et écoles supérieures au moment où tous nos secteurs stratégiques manquent terriblement de compétences spécifiques ? Quels métiers de demain doit-on préparer, sachant que plusieurs métiers actuels disparaitront ?

  2-1 – L’écologie : agir au plus vite 

Jamais notre mère nature n’a été aussi agressée. La déforestation s’intensifie, les plantations d’eucalyptus pour fabriquer du papier se multiplient à une vitesse effrénée. Au Grand Nord le taux de réchauffement est 2,5 fois plus grand que dans le reste du monde. Les montagnes de glace dans l’Antarctique s’effritent. Les terres de la banquise se dégarnissent et sont déjà objets de convoitises des grandes nations. Pesticides, OGM, hormones sont utilisées à outrance sans vergogne pour des productions agricoles intensives. Des plantations naturelles entières sont dénaturées et destinées aux biocarburants. Des milliers d’espèces naturelles ont déjà disparu. D’autres le seront.

La liste de la bêtise humaine est longue et la lutte contre le réchauffement climatique est une arnaque caractérisée parce qu’elle est orientée et terriblement insuffisante, au moment où les experts nous informent que la fonte des glaces dans le Grand Nord est susceptible de dégager de milliards de virus millénaires méconnus, imprévus et imprévisibles.

En attendant, la nature réagit, parfois violemment : inondations, tremblements de terre, incendies ravageurs et sècheresses durables meubleront notre XXIème siècle d’une manière encore plus agressive. Les experts sont unanimes, ces phénomènes seront davantage plus douloureux, voire atroces pour l’humanité entière.

Face à ce tableau noir, les grandes questions sont de savoir que devons-nous faire lorsque, quel que soit le niveau de nos initiatives locale louables, elles s’estompent dans l’horreur des appétits ravageurs des grandes puissances ?  Que devons-nous faire lorsqu’en tant que pays d’accueil nous nous trouvons dans le peloton des pays victimes des migrations économiques ? Que devons-nous faire pour préserver nos ressources en eau ? Quels choix tranchants devons-nous faire entre l’agriculture et le tourisme ? Sommes-nous capables d’opter pour une véritable économie verte qui nécessite certainement des efforts financiers colossaux et surtout de nouveaux comportements de nos décideurs et entrepreneurs ?

2-3 La santé : notre maillon faible

Il n’a pas fallu attendre Coronavirus pour faire ce constat. En effet, quels que soient les efforts consentis nos infrastructures et logistique, nos moyens humains et équipements de santé restent   dramatiquement désuets et insuffisants, voire inexistants. Mais n’oublions pas qu’un système de santé ne dépend pas uniquement d’infrastructures. Son efficacité est tributaire de l’interaction de plusieurs composantes. Il est défini comme « l’ensemble des moyens (organisationnels, humains, structurels et financiers) destiné à réaliser les objectifs d’une politique de santé. Il forme un ensemble organisé, qui inclut les efforts conjoints du secteur public et privé, ainsi que la participation collective et individuelle de la population ». 

Pour conclure, quelques pistes de réflexion s’imposent à mon humble avis :

  • enseignement, écologie, santé sont des domaines vitaux interdépendants. Leur traitement ne peut être effectué que dans le cadre d’une approche systémique intégrée.
  • changeons de paradigmes de réflexion sur les grands projets de société et faisons confiance à toutes les composantes sociales de notre pays. L’intelligence et la créativité ne sont ni élitistes ni sectaires.
  • il est temps que la citoyenneté et le civisme soient le tronc commun à tous les niveaux de notre enseignement.

 

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