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Photographie: Rachid El Moutiq ou le voyageur de l’image 

Il y a dans les photographies de l’artiste Rachid El Moutiq une vocation picturale qui touche à  l’abstraction.  C’est là une manière d’arracher la photographie de paysage au pittoresque comme à l’exotique. Surgit une narration particulière. C’est comme s’il saisissait le monde par le petit bout de la lorgnette. Les forces de corrosion du temps, de la nature ou des hommes, des formes architecturales deviennent des moirures d’étranges beautés. Et chez cet artiste photographe  l’œil est donc toujours près du cœur.

Rachid El MoutiqVoyageur de l’image, Rachid El Moutiq ne fait pas partie des reporters de l’urgence, des dénicheurs de scoop, des démineurs de témoignages. Loin s’en faut ! Cet ingénieur de formation spécialisé en bâtiment, qui vit et travaille à Casablanca, lui, il a choisi le lent cheminement intérieur. Tel le chasseur à l’affût de sa proie, il guette l’instant où l’émotion, le regard captent cette part d’invisible, d’immanence, d’absolu et de réminiscences qui habite tout patrimoine vierge, ces paysages que les touristes, consommateurs d’images dépassent sans voir, sans regarder. Il va traquer le détail troublant, le dépouillement minimaliste loin des lieux où tout est bruit et fureur.

A travers ses paysages visibles, il nous dévoile l’invisible et l’ineffable.  Travaillant sur les effets  de l’ombre et de la lumière, du vide et du plein, sans trop de retouches, il nous interroge sur notre capacité à être touché, notre acceptation à baisser la garde pour délaisser la fugacité de l’instant, pour nous abandonner à la contemplation ; pour permettre à l’objectif de nous révéler la nudité de cette partie de nous-mêmes enfouie dans les tréfonds de notre être. Elles passent sous nos yeux et nous entraînent avec elles, vers un repos essentiel.

Traitement et tirage numérique sur papier dit «qualité photo» avec encadrement, ou fixation sur support bois,  le tout avec protection par film plastifié ou plexiglas….dans ses photographies numériques prises partout au Maroc, Rachid est à la recherche de la couleur pure et d’un paroxysme. Il réussit à nous « tirer » le portrait d’un pays, par la seule approche de la lumière, sans jamais nous montrer un visage ou s’attarder sur une scène anecdotique.

Photographe «picturaliste», il  voyage « léger », l’œil aux aguets pour capter une trace ou une tâche de rouille sur la coque d’une barque, là où tout n’est que luxe, calme et volupté. On songe à Rothko ou à Nicolas de Staël devant ses compositions qu’il ordonne dans un agencement et une fluidité déconcertants.  In fine, son approche est celle du peintre, pas du reporter. Son appareil est son pinceau, son regard un prisme, une lentille.

Rachid El MoutiqDans ses travaux, son parti pris n’est pas la belle photo, même si le résultat flatte l’œil. Ses choix correspondent à un parcours de vie, un état intérieur, un appétit pour un ailleurs qui transgresse les frontières culturelles et ethniques. Ses choix photographiques sont en harmonie avec son mode de vie. Cette vérité, cette authenticité sont palpables : paraphrasant le titre d’un film, on pourrait dire que  Rachid El Moutiq a le «goût des autres».

Fragments d’espace, ce sont aussi des moments qui ne disparaissent pas, qui s’usent, se rafraîchissent et révèlent que toute ambition de domestiquer les matières, de faire de toute chose un signe, de tout temps un agenda, est empreinte de fatuité et de futilité.  Les photographies de Rachid plongent à sa manière vers ce qui est important, essentiel, et transforme le sérieux de l’art et de la vie en une solide vision de la poésie qui se manifeste, de façon palpable. L’image devient plus réelle que la réalité, plus lourde de sens et vide d’herméneutique.  

Or, en chemin, là sous nos yeux, se trame la chimie d’une photographie qui annihile tout message, ou plutôt libère les formes et tout ce que l’on pourra en dire de leurs poids communicationnel, médiatique et symbolique.  Noir et blanc, architecture, natures mortes, abstrait… le photographe aime à dire que ses images sont des prétextes à l’éveil imaginaire, libres de toute interprétation contraignante. C’est qu’elles nous font retrouver ce qu’elles ont atteint une fois déjà, et nous libèrent ainsi du sérieux de l’ici et maintenant. A nous d’en disposer. D’où ce besoin d’y revenir, de replonger dans la jouvence de la couleur, loin des horaires et mondanités arbitraires.  

Ayoub Akil

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