Home / Maroc / Nariman Alaoui : Un flux créatif intense et inspiré

Nariman Alaoui : Un flux créatif intense et inspiré

Les œuvres de l’artiste-peintre et sculptrice marocaine Nariman Alaoui  résultent d’une synthèse, d’une recomposition, traduisant des émotions mêlées à la fois à des rêves, des envies, des souvenirs et des désirs. D’où son style symbolique et onirique, qui rappelle par moments l’univers de William Blake. Signes et symboles, puisés dans la ville de Taroudant, la culture amazighe et l’identité marocaine plurielle, engendrent le mystère et offrent une perspective ascensionnelle et spirituelle au même titre que poétique.

Nariman AlaouiL’acuité de la vision de cette artiste multidisciplinaire native de Fès, qui vit et travaille dans les environs de Taroudant, est telle qu’on se réveille comme d’un rêve en les regardant. Comme si on n’avait jamais vraiment vu, vu en profondeur et en relief, ce qu’est une simple œuvre d’art.  Tel est son pouvoir de fascination: tout est voué à mourir et à disparaître, mais tout peut être sauvé, comme d’un déluge, grâce à l’eau. Chaque phénomène vivant est un miracle matériel, un trésor et une énigme. Ah la surprise  que ça fait, quand on le redécouvre! Et l’on se demande comment se débrouille-t-elle pour y parvenir. L’observation, l’attention la plus extrême n’y suffisent pas. Tout se passe comme s’elle voulait réinventer le monde, et le préserver définitivement de l’offense, de l’indifférence et de l’oubli. Ça vit, ou ça ne vit pas. Ça surgit, ça resurgit, ou ça ne resurgit pas. Toute la question de l’art est là. 

D’ailleurs, le mot «art» est inadéquat. Il ne s’agit pas d’art, mais de la métamorphose de la mort en existence vivante à travers l’eau. L’eau de Nariman n’est pas une eau: c’est une flèche, un rayonnement, une respiration, un appel chuchoté à la vie. Ode à l’imagination et à l’inconscient, contre la vraisemblance et la puissance de l’artiste. Si elle, un peu comme Fragonard dans ses figures de fantaisie, se donne un temps limité pour exécuter sa peinture face à son modèle sorti de son imagination, parfois tout droit d’un rêve, elle le fait en deux temps, suivant ce même principe de flux intense et inspiré. A l’inverse de la recherche paradisiaque de Matisse, qui gommait le réalisme cru de son premier dessin pour aboutir à une vision schématique presque mystique, Nariman procède d’abord par son trait ému et gracile avant de redonner corps à un réel sensuel et solide, en charpentant à grands coups de pinceaux vifs, valeurs et ombres, portées, pour faire émerger un vivant qu’elle laisse volontairement intacte.

 Il y a aussi cette dualité intérieure/extérieure que lui ont inspirées le savoir amazigh et oriental et l’alliance de symboles animés.   Son œuvre picturale se situe précisément au confluent de ces deux cultures et se nourrit de mythes crées par son imagination fertile.  Il faut voir Nariman à l’œuvre dans son atelier de Taroudant, les habits bariolés, au milieu de ses pots de peinture, le pinceau à la main, en train de retoucher une grande toile suspendue, pour mesurer la passion et la créativité de cette artiste-plasticienne qui a rapidement trouvé sa place dans le paysage artistique marocain depuis les années 70’s.  

Nariman AlaouiLe souci décoratif s’y allie à la spiritualité, et le patrimoine marocain notamment amazigh mène à une fusion du corps et de l’esprit, qui tend par le désir vers le divin, dans une démarche qu’on retrouve dans le soufisme. De «La ruche» à « Jellaba Taroudant», « Babouchiers, fruits d’ailleurs», « Le mystique», « Le temps-espace», entre autres, les œuvres picturales de Nariman sont rigoureusement structurées en une succession de plans. Ses histoires racontées à travers quatre éléments fondamentaux de l’univers pictural propre à cette plasticienne inspirée: l’eau, pinceaux légers, plumes, fils et aiguilles. C’est sa materia prima, ce «fluide vital qui insuffle mouvement et sérénité aux êtres et aux paysages miraculeusement apaisés», nous confie-t-elle dans un des rares propos qu’elle a livrés sur son art.  

Ce qui nous donne l‘impression d’un songe énigmatique mais hautement poétique et spirituel.  Elle aime construire en adoptant différentes techniques et compositions, plus ou moins complexes.  Elle est passée de la peinture à l’huile durant ses tous débuts au milieu des années 60’s et au début des 70’s,   au textile puis aux sculptures séchées, gravées et ciselées aujourd’hui, en passant par l’encre de Chine noir puis blanc avant de rajouter des couleurs pendant les années 80’s et 90’s. Il faut dire qu’il y a dans l’art de Nariman Alaoui une véritable philosophie de composition qui nous rappelle celle de l’écrivain et poète américain Edgar Poe en termes d’unité des effets et de la vigueur de l’impression qu’elle produit. Il y a aussi une construction solide qui sublime le thème abordé et encadre sans l’enfermer son imagination débordante. Des contrastes forts et harmonieux, distribués en équilibre sur la surface des toiles chargées de détails, surprennent le regard et participent à la singularité de l’ensemble.    

Ayoub Akil

About Rédaction

Check Also

Majda Chraïbi : La quête de saisir l’insaisissable

Pour l’artiste-peintre Majda Chraïbi, la peinture est avant tout une élévation, un rêve, un souvenir, ...