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Naima Zmarrou, un univers pictural intime poétique

Décidément, les œuvres de l’artiste-peintre marocaine Naima Zmarrou déroutent, interrogent, dégagent de la poésie. Largesse du geste, force d’expression, le travail pictural de cette plasticienne autodidacte, qui vit et travaille à Kénitra, nous entraîne dans une intense joie visuelle à travers ses portraits, ses paysages et son univers intime poétique. C’est la proposition d’un voyage à pied dans des endroits qui nous sont familiers et que l’on prend le temps de regarder plus en profondeur. Certes, elle s’inspire de sujets oniriques, ou fantasmagoriques mais ses œuvres restent cependant fidèles à la réalité de formes.

Naima ZmarrouEn somme, les œuvres paysagistes, figuratives, suggestives, expressionnistes de notre artiste génèrent une interaction entre la matière et la forme. L’esthétique matérielle de la couleur, fluide, ou raclée en est le moteur. On y découvre les motifs les plus divers comme des gouverneurs symboliques. Des effets prismatiques émanent des couleurs rayonnantes la plupart du temps (le vert, le bleu, le rouge), parfois romantique. Les contrastes des motifs confrontés de manière grotesque s’assemblent dans le scintillement et l’éclat du tourbillon.Cette plasticienne native d’Oujda semble avoir inscrit ses travaux dans la lignée des Peintres de la Réalité Poétique, dont Maurice Brianchon fut le chef de file. Dans une période attachée à l’ordre, cette conception privilégie le retour au réel et à la figuration, mais un réel transfiguré par la poésie. Les sujets de prédilection de Naima sont alors des scènes d’extérieur, mais elle excelle aussi dans les scènes d’intérieur et les natures mortes notamment le drapé. Elle excelle également dans la représentation du cheval qu’elle considère le symbole idéal de l’abnégation, l’altruisme, le sérieux, la confiance, la patience. Elle y fait preuve d’une solide construction et d’un harmonieux équilibre des couleurs.Naima ZmarrouSes choix se font par impulsions : dès lors qu’une représentation lui plait assez pour l’inspirer, elle reste au plus près de ses formes, qu’elle veut souples, variées et irrégulières, les plaquant sur les contours de son modèle. Mais quand viennent les couleurs, sa liberté se débride. Ici, aucune règle et surtout pas de fonction descriptive ou narrative. Le chromatisme vif et contrasté de ses peintures ne dépend que des rapports des tons entre eux, selon les surfaces qu’ils animent, de manière totalement subjective.
A partir d’un assemblage d’une multitude d’éléments photographiques, elle réalise une composition visuelle suffisamment aboutie pour passer à l’étape finale: la peinture. Après avoir transféré son image vers une toile, le travail de peinture consiste à reprendre l’ensemble de l’image pour en révéler son aspect final par l’équilibrage de la lumière, des contrastes et autres effets de matière. Ce qui lui permet de mieux mettre en œuvre son univers onirique. Il suffit de s’éloigner de quelques pas pour que la composition s’assemble, se construise et révèle son thème. Le regard à l’œuvre découvre alors des silhouettes suggérées qui évoluent si librement dans l’espace. Suggérées car les formes restent avant tout allusives, comme si les êtres devaient se fondre avec la nature, dans une harmonie qui exclurait toute vaine tentative de domination.
Dans ses travaux, Naima Zmarrou cultive un lâcher-prise qui autorise à sa création de remonter de l’obscurité jusqu’au grand jour. Ici encore, la composition s’impose d’elle-même en une sorte de lumineux éclat visionnaire, à partir de quelques éléments entrevus que l’ensemble se construit au rythme de l’élan créateur. Les couleurs dominantes se marient aux multiples nuances des autres couleurs, créent des compositions aux multiples surfaces contrastées, avec une mise en lumière parfaite et maîtrisée. Le principal changement de rythme est dans la structuration même de l’espace.
La réflexion technique de Naima se métamorphose ainsi en méditation quasi-spirituelle. Qu’on le veuille ou non, bien qu’elle soit toujours dans la recherche et l’expérimentation, Naima reste fidèle à son vocabulaire formel et chromatique qui signifie en dépit et au-delà de la finalité qu’elle lui assigne. C’est dire qu’admirer ses oeuvres, c’est aussi rencontrer la sincérité et une certaine conviction qui ne nous laissent pas insensibles.
Dans les œuvres abstraites de Naima Zmarrou, le contemplateur s’aperçoit immédiatement les possibilités de notre artiste de guider méthodiquement son imagination pour faire quelques pas dans les territoires infinis de la création. Elle bouscule, malmène et renverse le sens commun des choses pour arriver à leur signification profonde.
Il faut dire que l’œuvre de cette professeure de langue arabe de formation, statue que l’harmonie des couleurs repose uniquement sur l’entrée en contact avec l’âme humaine et que cette base constitue le principe de la nécessité intérieure : la spiritualité.

Ayoub Akil

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