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Fatiha Laâlej, une approche esthétique poétique et romantique

 Fatiha Laâlej, le geste est chant, la couleur est rythme et Fatihales nuances des fragments de mémoire, de récit et de poème en pleine genèse. Cette plasticienne à la touche impressionniste, qui vit et travaille à Paris a choisi dans ses travaux récents d’exprimer sa perception du monde avec beaucoup de rhétorique et de métonymie. Cette frénésie se manifeste de façon palpable dans l’ensemble de ses travaux qui sont aussi et surtout le fruit de plusieurs décennies de recherches picturales focalisées notamment sur la lumière, les formes, les couleurs et le trait.

Fatiha LaâlejDans l’univers pictural de l’artiste-peintre Fatiha Laalej, cette approche esthétique devient un rituel et un acte de représentation. C’est une approche critique de l’art contemporain, inséparable de la réalité et de son humanisme, contrairement aux représentations orientalistes qui ne voyaient pas l’humain et qui se préoccupaient surtout de leurs propres projections et de leur désir. De plus, elle les a transformées en sujets sur la toile, en réappropriant la surface de l’image.
La lumière et la couleur sont très importantes dans son travail. Elles aident à attirer l’attention sur les profondeurs de l’histoire écrite sur ses tableaux et les silences qui les entourent. A vrai dire, Fatiha Laalej aime le contraste entre la sensualité inversée, la lascivité de la posture et l’apparence presque «crépusculaire» de chacune de ses toiles.
Dans les peintures de notre artiste-peintre, les figures de base ont toujours été intégrées à l’esquisse d’un paysage donné, avec des constructions qui essaient de mettre de l’ordre dans le chaos du monde tel qu’elle le perçoit. Les couleurs dominantes se marient aux multiples nuances des autres couleurs, créent des compositions aux multiples surfaces contrastées, avec une mise en lumière parfaite et maîtrisée. Le principal changement de rythme est dans la structuration même de l’espace : ses évasions ultra-romantiques occupent désormais la place centrale de l’espace pictural.
La réflexion technique de Fatiha Laâlej se métamorphose ainsi en méditation quasi-spirituelle. Le peignage des plages colorées rappelle les pratiques des miniaturistes et le sillonnement des jardins zen, lieux de méditation par excellence. Qu’on le veuille ou non, bien qu’elle soit toujours dans la recherche et l’expérimentation, Fatiha Laâlej reste fidèle à son vocabulaire formel et chromatique au-delà de la finalité qu’elle lui assigne. L’espoir existe donc, en dépit de tout, au sein de la plus obscure des nuits.
Fatiha LaâlejC’est normal : l’art n’exorcise-t-il pas, ne conjure-t-il pas les démons, ne sauve-t-il pas le plasticien en lui permettant de recréer la Création après l’avoir décréée, et la «décréation» n’est-elle pas l’un des exercices majeurs des hautes traditions spirituelles ? Mais ce n’est pas, en tout cas, pour cette artiste- peintre, l’espoir d’une évasion de la peinture : comme le poète n’habite pas une terre mais une langue, le peintre n’habite pas le monde mais la peinture. C’est la seule mère-patrie dont personne ne peut l’expulser. La peinture est son territoire inaliénable, son paradis retrouvé ?
Et au fil du temps, notre jeune artiste marocaine se crée un univers d’émotions matérialisées par des couleurs et des formes. Elle s’appuie sur son propre terrain fertile en thèmes et en sujets et fait appel à l’imagination, son précieux outil, lui accordant le premier rôle et l’autorisant à s’ébattre en toute liberté et fantaisie. Elle fait confiance également à ce riche substrat de matières variées qui est fait de souvenirs, d’expériences marquantes, de rêves, d’idéaux, de toute une symbolique personnelle, nourrie de ses innombrables voyages.
De l’amour à la quiétude en passant par la joie, l’espoir, entre autres thèmes, s’opère la magie de son travail et se manifeste l’immense filet de son expression artistique. Tout cela se bouscule sur la toile en voisinages inattendus, suscitant chez le spectateur la surprise et le questionnement. Le rapprochement est tantôt éloquent, tantôt obscur, jusqu’à ce que l’effort soit fait de se laisser inviter dans cet univers et de s’en imprégner.
Comme elle donne libre cours à son imagination débridée, Fatiha Laâlej construit ses pages en couleurs avec autant de massifs poétiques et de signes. Elle n’a aucun texte en tête. Comme dans un rêve, le livre se déploie, tourne ses pages en nombre infini. Au réveil, il y a quand même un tableau! Et quel tableau! Une véritable invitation au voyage au cœur des philosophies anciennes et de la nature, sources de son inspiration.

Ayoub Akil

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