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Fadila El Gadi, l’art et la matière

PORTRAIT – Avec une persévérance exceptionnelle, la styliste marocaine Fadila El Gadi a réussi à transformer l’imaginaire de son enfance et de son entourage en une inspiration pour convoiter une renommée internationale, imprégnée qu’elle était de l’art de la broderie marocaine depuis l’enfance, quand elle accompagnait sa mère chez les tisserands et les magasins de tissus de la Médina de Salé.

— Par Abdelmoughite Sabyh — (MAP)

Etant désormais une styliste mondiale et une « arque déposée» dans le monde de la haute couture à la faveur de sa fusion réussie entre les arts authentiques de broderie et les derniers cris de la mode, Fadila El Gadi présente aujourd’hui ses œuvres dans les grandes capitales de la mode et dans ses boutiques au Maroc et à l’étranger. Toutefois, le début de son parcours pour réaliser son rêve était semé d’embûches. A l’instar des jeunes filles de son âge issues des familles modestes, Fadila fréquentait durant les périodes de vacances scolaires, des ateliers de couture et d’apprentissage de la broderie à Salé. En 1990, son baccalauréat en poche, elle s’inscrit dans une école de mode et de stylisme à Rabat, où elle reçoit sa première formation académique, qui va lui permettre d’ouvrir un magasin de mode dans la capitale.

Mais la perte tragique de son père et de son frère dans un accident de la route en 1992 était une nouvelle épreuve. Devenue responsable de sa famille, elle ne trouve aucun autre choix que de persévérer et de faire preuve de détermination pour suivre son ambition. « Je n’ai pas eu le temps de penser à autre chose que de travailler très dur pour aider ma famille », explique la styliste dans une interview accordée à la MAP. Avec persévérance elle a continué son parcours de combattant, jusqu’à ce que les circonstances lui aient donné deux occasions de décoller avec son projet et ses talents cachés à travers deux noms qui constituent deux tournants dans sa vie. D’abord, le créateur mondial feu Yves Saint Laurent, qui l’a rencontré dans un défilé de mode à Tanger et a cru en son talent et l’a incitée à commercialiser ses produits à Paris. Puis le photographe d’art italien Paul Turel, qui l’a aidée à organiser un défilé de mode à Naples.

Savourant son succès sans pour autant oublier la souffrance du début de parcours, Fadila El Gadi a décidé de renvoyer l’ascenseur à ceux qui en ont le plus besoin. Elle a eu, il y a plus d’un an, la noble idée de créer une école d’apprentissage des arts de la broderie et des métiers de la couture à Salé, ouverte gracieusement aux enfants issues de milieux modestes, réussissant ainsi un double pari : contribuer à sauver la jeunesse de la pauvreté et de la délinquance et à protéger un patrimoine en perdition. Outre les séances d’apprentissage des arts de la broderie, l’école dispense des cours de dessin, de musique et de langues arabe et française, dans la perspective d’introduire l’anglais et l’informatique, en vue de former des « êtres autonomes et aux multiples compétences et talents » qui peuvent se rendre service eux-mêmes et promouvoir le stylisme et la broderie.

Concernant la sélection des bénéficiaires, Mme El Gadi explique que les critères comprennent essentiellement les conditions de vie de ces enfants, qui sont souvent abandonnés, orphelins ou issus de milieux défavorisés ou seulement en décrochage scolaire. Fidèle à son ouverture aux diverses couleurs et expressions de l’art de la broderie à travers le monde, Fadila El Gadi a parcouru de nombreux pays depuis des années pour en apprendre plus sur les expériences artistiques locales dans la perspective de s’en inspirer dans ses créations. Sa dernière escale était au Panama, où elle a visité, au cours de la semaine dernière, plusieurs régions du pays, en particulier là où les femmes des peuples autochtones pratiquent l’art de la broderie depuis la nuit des temps.

Au cours de ce périple, la styliste marocaine a rencontré de nombreuses femmes issues notamment des ethnies des « Ngöbe-Buglé », des « Embera-Wounaan » et des « Kuna », une occasion qui lui a permis de découvrir le savoir-faire de ses artisans et comprendre leur environnement de travail, ainsi que d’examiner les moyens de coopération avec eux et de les associer dans un projet de défilé de haute couture qui sera présenté en avril prochain à Panama city. Il s’agit d’un projet de coopération, à l’initiative de l’ambassade du Panama au Maroc, avec le soutien de l’Ambassade du Royaume au Panama, a-t-elle expliqué, notant que l’idée est d’introduire des styles de l’art de la broderie marocaine et panaméenne dans certains de ces costumes qui seront présentés. Il s’agit aussi d’importer des touches et des détails de la culture panaméenne dans les futures œuvres de la créatrice marocaine.

Ce projet offre l’occasion à la fois d’explorer de nouveaux horizons artistiques, de faire participer ces femmes artisanes et valoriser leur travail au niveau international et, partant, l’initiation d’un dialogue culturel entre les artisans de la broderie marocaine et panaméenne qui contribuera à la préservation de ce patrimoine culturel des deux pays. C’est donc un talent et une ambition que la styliste marocaine a entretenu à différents endroits et à différents moments de son parcours. « L’artisanat me fascine toujours, car la créativité de la main n’a aucune limite », a-t-elle dit, révélant un secret de la “relation naturelle” qui la relie à ses œuvres, le secret d’une femme marocaine déterminée à franchir les échelons du succès.

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