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Elena Utianskaya, une parole-peinte hautement spirituelle 

Dans la peinture de la plasticienne russe Elena Utianskaya, le geste est chant, la couleur est rythme et les nuances des fragments de mémoire, de récit et de poème en pleine genèse. Cette native de Saint Petersburg  a choisi dans ses travaux récents d’exprimer sa perception du monde avec beaucoup de rhétorique et de métonymie. Cette frénésie se manifeste de façon palpable dans l’ensemble de ses travaux qui sont aussi et surtout le fruit de plusieurs décennies de recherches picturales focalisées notamment  sur la lumière, les formes, les couleurs et le trait.

Elena UtianskayaDans l’univers pictural de l’artiste-peintre Elena Utianskaya, cette approche esthétique devient un rituel et un acte de représentation. C’est une approche critique de l’art contemporain, inséparable de la réalité et de son humanisme, contrairement aux représentations orientalistes qui ne voyaient pas l’humain et qui se préoccupaient surtout de leurs propres projections et de leur désir.   De plus, elle les a transformées en sujets sur la toile, en réappropriant la surface de l’image. La lumière est très importante pour son travail surtout dans ses portraits, même si elle s’intéresse évidemment aux visages d’hommes, de femmes et d’animaux, la lumière et la couleur aident à attirer l’attention sur les profondeurs de l’histoire écrite sur leurs corps et sur les silences qui les entourent.  A vrai dire, Elena aime le contraste entre la sensualité inversée, la lascivité de leur posture et l’apparence presque «crépusculaire» de chacun. 

Dans les peintures de la jeune artiste russe, les figures humaines, animalières et  géométriques de base ont toujours été intégrées à l’esquisse d’un paysage donné, avec des constructions architecturales qui essaient de mettre de l’ordre dans le chaos du monde tel qu’elle le perçoit.  Les couleurs dominantes se marient aux multiples nuances des autres couleurs, créent des compositions aux multiples surfaces contrastées, avec une mise en lumière parfaite et maîtrisée. Le principal changement de rythme  est dans la structuration même de l’espace : les grandes figures humaines occupent désormais la place centrale de l’espace pictural. 

La réflexion technique d’Elena se métamorphose ainsi en méditation quasi-spirituelle. Le peignage des plages colorées rappelle les pratiques des miniaturistes et le sillonnement des jardins zen, lieux de méditation par excellence. Qu’on le veuille ou non, bien qu’elle soit toujours dans la recherche et l’expérimentation, Elena reste fidèle à son vocabulaire formel et chromatique qui signifie en dépit et au-delà de la finalité qu’elle lui assigne. L’espoir existe donc, en dépit de tout, au sein de la plus obscure des nuits. 

C’est normal : l’art n’exorcise-t-il pas, ne conjure-t-il pas les démons, ne sauve-t-il pas le plasticien en lui permettant de recréer la Création après l’avoir décréée, et la «décréation» n’est-elle pas l’un des exercices majeurs des hautes traditions spirituelles ? Mais ce n’est pas, en tout cas, pour cette artiste- peintre, l’espoir d’une évasion de la peinture : comme le poète n’habite pas une terre mais une langue, le peintre n’habite pas le monde mais la peinture. C’est la seule mère-patrie dont personne ne peut l’expulser. La peinture est son Arménie-Harmonie inaliénable, son paradis retrouvé ?  

Elena UtianskayaEt au fil du temps, notre jeune artiste russe se crée un univers d’émotions matérialisées par des couleurs et des formes. Elle  s’appuie sur son propre terrain fertile en thèmes et en sujets et fait appel à l’imagination, son précieux outil, lui accordant le premier rôle et l’autorisant à s’ébattre en toute liberté et fantaisie. Elena fait confiance également à ce riche substrat de matières variées qui couvent en lui dans les tréfonds de sa psyché et qui est fait de souvenirs, d’expériences marquantes, de rêves, d’idéaux, de toute une symbolique personnelle, nourrie de ses innombrables voyages. De l’amour à  la souffrance, en passant par l’euphorie, la douleur, la joie et la tristesse, s’opère la magie de son travail et se manifeste l’immense filet de son expression artistique.  Tout cela se bouscule sur la toile en voisinages inattendus, suscitant chez le spectateur la surprise et le questionnement. Le rapprochement est tantôt éloquent, tantôt obscur, jusqu’à ce que l’effort soit fait de se laisser inviter dans cet univers et de s’en imprégner.

Comme elle donne libre cours à son imagination débridée, la peintre russe construit ses pages en couleurs avec autant de massifs d’écritures et de signes. Elle n’a aucun texte en tête. Comme dans un rêve, le livre se déploie, tourne ses pages en nombre infini. Au réveil, il y a quand même un tableau! Et quel tableau! Une véritable invitation au voyage au cœur des philosophies anciennes et des anciennes publications sur l’Histoire de l’art, sources de son inspiration. 

Ayoub Akil

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