A l’école des cancres

  • Marocains partout
  • 23 Octobre 2017 - 08:37

A l’école publique, on cultive la médiocrité. Mais le pire, c’est que tout le monde aujourd’hui semble s’en être accommodé. Normal. Autrement dit, circulez, il n’y a rien à voir. Si l’enseignement va mal, c’est comme ça et pas autrement. A prendre ou à laisser, nous dit-on sans sourciller. C’est eux qui le veulent ainsi, murmure-t-on sur les bancs de l’école. Qui «eux» ? On n’en sait rien. L’ordre des abrutis unis contre la sagesse ? La congrégation pour l’idiotie généralisée ? Rejeter la faute sur l’autre est devenu la matière préférée des profs, des directeurs d’écoles et de tous les responsables de ce secteur oh combien stratégique. Un secteur sur lequel se construisent le présent et l’avenir du pays. Tous les gouvernements qui se sont succédé ont décidé délibérément de voir ailleurs laissant la pauvre école se noyer dans un océan d’absurdité. Le niveau dégringole toujours plus vite d’année en année. Et on s’en prend violemment à ceux qui trichent au baccalauréat, sans pour autant chercher l’origine du problème. On ne cède pas à la triche pour le plaisir de tricher. Il y a bien des raisons. Ce n’est que l’un des symptômes de la ou des maladies dont souffre notre système éducatif. Le mal est profond. Il vient des fondations même de l’enseignement public, creusées par l’inénarrable ministre de l’Education nationale Azzeddine Laraki. Plus d’école qui enseigne le doute, la critique, la liberté de conscience, le libre-arbitre, l’humanisme, la rationalité ou encore la dérision. Place Meriem Lyoussoufi aux cours accélérés d’islamisme radical. Ajoutez à cela 30 ans d’arabisation improvisée, mal pensée et mal engagée, vous obtenez ce système qui chaque année engendre une armée de bacheliers souffrant d’un déficit scolaire structurel qu’elle traîne depuis le primaire, qui se rabat sur l’université marocaine minée à son tour par une crise profonde. Pour vous rendre compte de l’étendue des dégâts, jetez un œil aux manuels scolaires. Lisez ces textes vomis par les écrivaillons du ministère que doivent se taper les élèves. Au-delà du style approximatif, du lexique pauvre et de la syntaxe rudimentaire, c’est le fond qui agace le plus. Un contenu incohérent, peu contextuel, qui dégage un fort relent de misérabilisme. Au lieu de faire rêver les enfants, on leur sert une vision inspirée du quotidien cauchemardesque de ces fonctionnaires qui ont du mal à joindre les deux bouts. De quoi se mettre une balle dans la tête. Qui leur a insufflé cette idée d’écrire ? Ne peuvent-ils seulement pas se contenter d’extraits issus de la littérature pour enfants comme cela se fait partout ailleurs ? Peut-être qu’ils ne le savent pas. Peut-être, ils ne lisent pas. Une chose est sure : ceux qui font l’école d’aujourd’hui sont le pur produit de l’école Azzeddine Laraki. Ces gens allergiques à la littérature, à l’art et au multiculturalisme. Le salut de notre enseignement ne viendra que par une remise à plat de tout le système. Ceci nécessitera une volonté politique et une démarche de concertation et de réflexion en vue de repartir sur de bonnes bases.

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