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Christianisme, l’insoutenable absence de persécution

Focus – Il y a quelques années, des témoignages anonymes de Marocains qui se sont convertis au christianisme circulaient sur Internet. Aujourd’hui, ils avancent à visage découvert. Que cherchent-ils ? Et que cachent ces opération de Com’ lancées sur les réseaux sociaux ?  

Cheveux coiffés sur le côté, teinte neutre et chemise sobre dessinent l’allure d’un gentleman à la dégaine nonchalante. Attablé dans un salon typiquement marocain devant une théière, l’homme au regard morne et aux épaules tombantes s’adresse à la caméra d’une voix calme. Il dit s’appeler Rachid, natif et résident d’Agadir. Quarantenaire, marié et père de cinq enfants, l’homme avance s’être convertit au christianisme au début des années 90. Aujourd’hui, il affirme sortir de l’ombre et de la clandestinité pour «promouvoir le vrai christianisme». Dans les vidéos postées sur sa chaine YouTube, nommée Al akhbar Assar (Les Bonnes Nouvelles), Rachid prétend vouloir «corriger l’image que les gens ont sur la foi chrétienne». Multipliant les podcasts, ce jeune monsieur se veut comme le nouveau messie d’une religion opprimée. Mais la mayonnaise ne prend pas. Malgré une rhétorique bien rodée en darija et un registre assez original, ses prêches ne séduisent pas grand monde. Avec des nombres de vus ne dépassant jamais les 300, les vidéos de ce drôle d’évangéliste passent presque inaperçues sur la toile. Aucune réaction, ni des internautes, encore moins des autorités. L’indifférence totale. Pourtant, le prosélytisme est sévèrement puni par la loi marocaine. L’article 220 du code pénal prévoit une peine d’emprisonnement allant de six mois à trois ans pour «quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d’ébranler la foi d’un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d’enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats. En cas de condamnation, la fermeture de l’établissement qui a servi à commettre le délit peut être ordonnée, soit définitivement, soit pour une durée qui ne peut excéder trois années». Il y a quelques années, des témoignages de jeunes Marocains qui se sont convertis au christianisme circulaient sur Internet. Sous forme d’enregistrements audio, ou encore de simples messages écrits en arabe, ces témoignages – toujours anonymes – vantaient la trinité tout en diabolisant au passage l’islam qu’ils décrivaient comme une religion «intolérante voire  obscurantiste». Ce temps est désormais révolu. Aujourd’hui, ils avancent à visage découvert. Sur le Net, Rachid, le vidéaste web – autoproclamé pasteur – n’est pas seul à vouloir porter la croix. Avant lui, une autre chaine YouTube se voulait d’être la voix du Christ au Maroc dont le nom en dit long sur le contenu «Moroccan and Christian» (marocain et chrétien). Un mélange audiovisuel réalisé en studio de manière professionnelle mêlant interviews, clips et témoignages sur fond de prosélytisme balourd. Dans une première vidéo, postée en 2016, on voyait des jeunes qui se disaient Marocains convertis au christianisme. Un autre enregistrement mettait en scène une certaine Imane qui affirme être une «adepte du christianisme», mais sans être une «nasrania (chrétienne en arabe)», Cette jeune femme, dont le père, dit-elle est Sahraoui et la mère Berbère, affirme vouer un culte pour le Saint-Esprit. «(…) J’ai choisi de suivre les enseignements de Jésus, les enseignements de l’amour, de l’abnégation, du respect et de la paix. Jésus m’a appris comment devenir une bonne citoyenne. Je ne mens pas, je reste magnanime». Elle déplore aujourd’hui que les convertis «restent contraints de cacher leur foi». Décidément, Imane voue un tel amour à Jésus qu’elle veut arborer une immense croix autour du cou. Aujourd’hui, elle est devenue l’effigie de la «web télé-christ». Quand elle ne diffuse pas la «parole divise», Imane la chrétienne, aux lunettes carrées, interview elle-même les convertis de tous bords. On la voit aussi sur les vidéos promotionnelles avec des mises en scènes particulières comme la fois où elle et une autre femme déplorent l’absence d’églises. Cette WebTV a réalisé en l’espace de deux ans une centaine de vidéos. Et pourtant, elle est peu suivie. Personne ne semble séduit par les paroles évangéliques d’Imane et compagnie. Mais de quel Jésus parlent ces illuminés ? Imane, elle, affirme ne pas être comme ces «n’sara» qui «mènent une vie dissolue, n’ont aucune morale, font ce qu’ils veulent, se soûlent et font des enfants en dehors des cadres du mariage». Même chose pour Rachid qui, pour sa part, appelle au respect de la pudeur et des bonnes mœurs.  Vous avez compris : ils ne sont pas comme les Français, ces méchants laïcs. Non, ces fous de la bible aiment Jésus qui nous vient du pays de l’oncle Sam. Et si tout cela n’était que du cinéma ? En se dévoilant au grand public, Imane, Rachid et ses potes cherchent peut-être à se poser en victimes d’une persécution imaginaire qui leur ouvrira sans coup férir les portes des Etats-Unis. Sous prétexte qu’ils ne peuvent pas vivre leur foi au Maroc sans être inquiété, ces soi-disant convertis veulent-ils s’offrir l’exil religieux ?

Rachid Abbar

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