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Ayoub El Moudden, un passionné du patrimoine marocain

Fête de prose, d’affinités et de rêves tantôt mythiques tantôt proches de la nature, les œuvres du jeune artiste-peintre Ayoub El Moudden s’affirment et se confirment. Dans l’univers pictural de cet autodidacte, qui vit et travaille à Casablanca, s’embrassent des macules, des brutalités, des amitiés, des étoilements et des empreintes de la culture marocaine. Il enchaîne toutefois ses trouvailles faites de métamorphoses, de soubresauts et d incandescences où reposent les mailles de son immense filet. 

Ayoub El MouddenLa bonté et la confiance sont monnaie courante chez Ayoub. On les découvre aisément. La chaleur intérieure se conjugue les lumières et les éblouissements qu’il déploie dans son travail. Indubitablement, ceci évoque une vision singulière et tout à fait personnelle, et pas uniquement des accidents. Il s’agit de mettre en lumière le patrimoine immatériel marocain dans toutes ses splendeurs et de protéger la culture marocaine, dans son acception la plus large, du spectre de la perte et de l’oubli. Car, sinon, selon l’artiste, c’est nous tous, Marocains et citoyens du monde, qui avons tout à perdre à les voir disparaître.  «L’guerrab», « les ksours», « les minarets», «Les fontaines», « les oasis»…Face à l’usure du temps, ils voient leur pérennité menacée par les défis de l’urbanisation et de la mondialisation, d’une part, et la mutation que vit la société marocaine, d’autre part. Il est aujourd’hui urgent de sensibiliser les citoyens et les décideurs aux menaces qui pèsent sur ce patrimoine et d’agir pour revaloriser ces éléments fondateurs de la culture marocaine. C’est une priorité pour l’identité du pays, mais aussi une grande opportunité qui se présente. Voici en gros le message qu’Ayoub El Moudden souhaiterait livrer à travers ses œuvres figuratives diversifiées.  

A la manière d’un magicien, ce lauréat du Prix du meilleur jeune artiste arabe, section néo-réalisme,  tenue récemment  à Londres, crée des compositions souvent étonnantes pleines de poésie, mais toujours envoûtantes.  Il apparaît avec cette série comme un artiste qui prend du plaisir à peindre comme en attestent les coulures de la matière et les changements de rythme dans la gestualité: tantôt pondérée et sobre, tantôt lyrique et déchaînée. Il élabore à la manière d’un musicien des variations sur un thème. L’élément musical, repris sous différents aspects, est le patrimoine marocain, mais il est toujours reconnaissable en dépit de ses multiples variations. 

Ayoub El MouddenLa peinture de ce jeune artiste bien de chez nous évoque irrésistiblement ce mot de Cézanne : « L’art est une harmonie parallèle à la nature. » Ainsi dans ses œuvres, on retrouve une palette éclatante où les rouges, les jaunes, les verts et les bleus semblent sortir de l’espace circonscrit des toiles pour entraîner le spectateur dans un tourbillon chromatique. On se sent frappé par ses tableaux qui font alors appel à des couleurs assez sombres, traduisant une atmosphère pesante. Or, il y a une rupture temporaire qui s’estompe aujourd’hui avec une série de travaux récents qui placent l’abstraction  au centre de la création et célèbrent la nature humaine dans ce qu’elle peut offrir de plus flamboyant, mais aussi – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – de plus doux.   

Cet univers, on le pressent, s’éloigne du réel angoissant, fait d’insécurité, de violence, de fanatismes, pour proposer une approche vivifiante et pacifiée, une invitation baudelairienne au voyage, « Là où n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté.»  Face au monde tel qu’il se présente, la démarche se révèle donc d’autant plus subversive qu’Ayoub tend vers l’apaisement, la rêverie, la culture, notions qui échappent aux sociétés précipitées au bord du gouffre par des conflits qui les dépassent. C’est dire qu’admirer les œuvres de ce jeune artiste-peintre, c’est aussi rencontrer la sincérité et une certaine conviction qui ne nous laissent pas insensibles. Toutefois, son génie est de toujours réussir à rester dans le vrai et la justesse des émotions, tels qu’on les ressent, lorsqu’on se laisse envahir par son univers plastique fourvoyant à plus d’un titre. Sa méthode  d’approche du regardeur procède souvent  par induction de virtualités contenues dans l’œuvre qu’il ne reste plus qu’à nommer. 

Ayoub Akil

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