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Asmaa Ryad: une peinture d’apaisement et de rêverie

Il y a dans la peinture de la plasticienne Asmaa Ryad, qui vit et travaille à Casablanca, une absence de concession, une recherche d’un monde personnel, d’une harmonie qui semble naître de sentiments. Elle peint sur toile à l’acrylique, à l’huile et à l’aquarelle, en petits et grands formats, des mouvements, lumières, formes suggérées qui s’accordent dans ses tableaux. En coloriste, elle ne néglige pas les effets de matière. Au contraire, ses œuvres contemporaines sont l’aboutissement de ses recherches, études de styles visant la définition, la jonction entre l’absence et la présence, le vide et le plein, la réalité et le rêve.

Furtive, incisive et juste, la touche de la plasticienne Asmaa Ryad nous introduit directement dans son univers magique où elle donne libre cours à sa sensibilité. Peindre c’est d’abord un plaisir qui lui permet de communiquer aux autres sa vision et de transmettre la poésie de la vie en les faisant sortir de la guerre duelle. Rêver c’est changer sa perspective. Ses toiles se construisent sans idée préconçue, elles résultent de l’inspiration du moment. Une fois finies, elle y pose un regard aussi pénétrant que contemplatif. Elle est dans le plaisir de l’accouchement et elle s’émerveille de chaque nouveau bébé.
De ce procédé créatif cherchant un équilibre entre la nécessité du contrôle et le défi de l’impromptu se dégage une grande sérénité et zénitude. Pour Asmaa, l’art est essentiel mais trouve surtout valeur dans l’échange entre la réalisation picturale et la réaction du récepteur. Ainsi la lecture de ses tableaux provoque, chez les passionnés d’art, un effet de lâcher-prise sur le conventionnel et qu’ils éprouvent un certain plaisir en y trouvant leurs propres références et repères d’appartenance, tout en se surprenant à y voyager librement.
Les grandes lignes de ces dialectiques de l’attraction des consciences permettent de concilier l’intention pour soi et le statut conféré par autrui. Ainsi, examiner les œuvres de notre artiste-peintre, de ce point de vue, nous permet d’apercevoir les conditions de production, de diffusion, de réception des œuvres figuratives et d’y exercer un esprit critique.

Et l’on demeure toujours fasciné par la quintessence de ses formes abondantes. Il s’agit ici d’une expérience profonde que celle de se sentir emportée et guidée par l’inspiration créatrice. Tout à coup, le figural s’efface et sa sensibilité s’éveille. Il devient spectateur de la toile naissante qui prend forme et s’épanouit sous ses yeux.
Comme les Nymphéas de Monet, sa peinture nécessite de prendre du recul: près du tableau, les jeux de matières, les larges aplats parsemés de touches et de points, à la limite de la projection. L’univers de l’artiste-peintre Asmaa Ryad, on le pressent, s’éloigne du réel angoissant, fait d’insécurité, de violence, de fanatismes, pour proposer une approche vivifiante et pacifiée, une invitation baudelairienne au voyage. Là où n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté. Face au monde tel qu’il se présente, la démarche se révèle donc d’autant plus sincère qu’elle tend vers l’apaisement, la rêverie, la culture, notions qui échappent aux sociétés précipitées au bord du gouffre par des conflits qui les dépassent.
Cette plasticienne, financière de formation, semble avoir inscrit ses travaux dans la lignée des Peintres de la Réalité Poétique, dont Maurice Brianchon fut le chef de file. Dans une période attachée à l’ordre, cette conception privilégie le retour au réel et à la figuration, mais un réel transfiguré par la poésie. Les sujets de prédilection d’Asmaa sont alors des scènes d’extérieur, mais elle excelle aussi dans les scènes d’intérieur et les natures mortes notamment les portraits et les paysages.
Bref, il faut dire que dans la spontanéité du geste créatif émerge un dialogue en filigrane entre le pinceau, la lumière et la forme et parfois le rendu dépasse tout horizon d’attente, car, sur la toile encore humide, la lumière réfléchie par les pigments traduit miraculeusement l’état d’âme du moment et l’émotion ressentie. Le chromatisme vif et contrasté de ses peintures ne dépend que des rapports des tons entre eux, selon les surfaces qu’ils animent, de manière totalement subjective. Asmaa réussit à nous faire vivre ce même voyage des sens lorsque nous nous laissons emporter par chacune de ses peintures. Un interlude et une parenthèse enchantée assurés.

Ayoub Akil

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