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Amale El Atrassi : « Ecrire, c’était pour moi une thérapie » 

INTERVIEW – Auteure du livre «Louve Musulmane», un témoignage cru et bouleversant d’un combat pour la liberté, Amale El Atrassi accepte de revenir sur la genèse de son essai autobiographique, tout en donnant sa vision de la place des femmes et des minorités dans la société.  

Marocainspartout : Avec votre livre, vous avez brisé un silence difficile. Ce ne fut pas une mince affaire. Aujourd’hui avec le recul, comment vous vous sentez-vous ?  

Amale El Atrassi : À la sortie de mon livre je savais que j’allais attiser la colère des miens. Bien sûr, on n’ose pas toujours. Parfois, on n’y parvient pas. On ne sait pas par où commencer. Écrire est une aventure difficile et hasardeuse. Il faut le petit déclic. Écrire, c’est ouvrir une porte sur le monde, son propre monde, son univers intérieur, mais aussi sur celui des autres. L’écriture permet à la fois un développement personnel, mais aussi un développement social, écrire est une thérapie.  

L’écriture vous a-t-elle changée ?  

L’écriture m’a révélé je suis une femme et une mère épanouie. Je suis plus déterminée, tolérante… Après tant de souffrance je m’aime et m’accepte telle que je suis.  

Comment voyez-vous aujourd’hui le combat des femmes surtout après le scandale Weinstein ?  

Cette affaire est un catalyseur. Quand on incite les femmes victimes de violences à porter plainte, nous sommes uniquement dans une addition de plaintes individuelles. Mais aujourd’hui ce qui est en jeu c’est le « nous », le collectif. Les femmes ne se sont pas seules, et elles racontent. Cela va prendre du temps. Il existe sans aucun doute des conséquences sur les rapports entre les sexes. Pas sur les relations sexuelles, car de ce côté-là, tout va bien. Mais sur les rapports entre les femmes et les hommes. Cette révolte affirme qu’il n’y a pas d’égalité, que les femmes doivent par exemple faire attention dans la rue quand elles rentrent chez elle ou qu’elles doivent coucher pour avoir une promotion. C’est donc bien une affaire d’égalité et non de morale. Maintenant, on peut se demander jusqu’où ce mouvement ira. Il est trop tôt pour le dire.  » On ne naît pas femme on le devient », disait Simone de Beauvoir. 

Vous sentez-vous liée à ces femmes qui partout dans le monde se battent au quotidien contre l’oppression, l’injustice, la discrimination, l’exclusion sociale ou encore la violence ?  

Je suis solidaire de toutes les femmes qui subissent discriminations et violences. Je suis horrifié face à un système patriarcal qui nous ignore et entretient les violences que nous subissons. En chiffres 1 femme sur 10 subit des violences conjugales ; en France tous les 2j et demi une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon ; en Europe les violences conjugales sont la première cause de mortalité des femmes de 16 à 44 ans ; en 2016, au moins 295 femmes trans assassinats de femmes trans recensées ; dans le monde toutes les 45 secondes une femme est violée ; 1 femme sur 3 subira un viol au cours de sa vie ; 90% des agresseurs font partie de l’entourage de la victime (famille, amis, travail…) ; Seuls 1% des violeurs qui passent en procès est condamné pour crime aux assises ; 100% des femmes subissent du harcèlement sexuel. 

Avec le succès de cet ouvrage, on vous parle très souvent de votre vie, de votre famille et de votre mère. Est-ce perturbant de devoir souvent tout raconter ?  

Non. Pas du tout. Surtout que mon but est justement de témoigner pour libérer la parole et faire évoluer les mentalités. Les raisons qui m’ont poussée à écrire Louve Musulmane. Je me sens investie d’une mission de vulgarisation et de mise en garde contre ce que j’appelle « l’islam des illettrés », dans lequel les femmes sont considérées comme des « inutilités ». Mon livre c’est le parcours d’une femme meurtrie qui utilise l’écriture comme vecteur d’un message fort. Il soulève des problématiques sociales et théologiques profondes. Mon livre dénonce la manière dont les « filles » naissent défavorisées dans certains foyers, bouches supplémentaires à nourrir, alors que les enfants mâles sont investis de toutes les capacités d’attention et d’amour. J’ai été victime d’un viol collectif, à Rabat, l’année de mes quinze ans. 

                       Propos recueillis  

par Rachid Abbar 

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