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A Paris, Claude Senouf peint la passion de George Lapassade

Claude SenoufL’artiste peintre Claude Senouf expose ses œuvres récentes en hommage au philosophe et sociologue français George Lapassade, décédé en 2008. Cette exposition se poursuit à l’Université Paris 8 Saint-Denis, dans le cadre des journées intitulées « Georges Lapassade, une pensée et des pratiques pour aujourd’hui». Le plasticien marocain nous invite ainsi à découvrir sa nouvelle série de travaux sur le thème « Orthodoxie et transgressions » particulièrement liées avec l’oeuvre et le parcours de George Lapassade. Organisées par le Centre de recherche interuniversitaire Expérience Ressources Culturelles Éducation (EA 3971), Université Paris 8 Saint-Denis, ces journées mettront en lumière le travail ethnographique de George Lapassade à Essaouira, notamment à travers les œuvres de Claude Senouf, parfait connaisseur du sociologue et philosophe français décédé en 2008. Joyeuse fête de couleurs, de formes et de lumières, l’œuvre de l’artiste- peintre Claude Senouf est le fruit de plusieurs décennies de travail et de recherches.

Aujourd’hui, il dévoile au public français son univers intime, fait de rêves fugaces et de poésie impalpable. Sa passion : la peinture. Sa devise : la créativité et le sérieux. Et son terrain de jeu : la toile. Il s’agit d’un plasticien dont la fertilité intellectuelle se reflète dans la production picturale. Cette expérience, Claude Senouf l’a partagée un peu partout, au Maroc comme à l’étranger, à travers plusieurs expositions et rencontres d’art. Et c’est cette même quête renouvelée de styles, de couleurs, de formes et de lumières que l’artiste-peintre a décidé d’exposer à l’Université Paris 8 Saint-Denis dans le cadre des journées intitulées «Georges Lapassade, une pensée et des pratiques pour aujourd’hui».

Dans les œuvres de Claude Senouf, tout suggère cette volonté de voyager au- delà du rythme quotidien, de la parole envolée pour accéder à la béatitude de l’être. Une question demeure imposante : saurait-on écouter l’écume de la lave dans ces monts en colère qu’il représente dans ses perspicaces traits en figures schématiques et en nature révoltée, mais en toute quiétude. C’est comme si l’artiste ne se suffit plus de platitude et cherche à brusquer par le volume, le tissage imposant qui rime avec l’excellence souvent gaie et béate du dire. « La perfection dans la peinture est la toile blanche. Celui qui y laisse son empreinte s’y mesure. Soit qu’ils se conjuguent à l’unisson, soit qu’ils se livrent à la confrontation, le regard de l’autre se chargera de déterminer la ligne de démarcation. Mais comme nous faisons aussi partie de cet univers, on se mesure finalement à soi-même. Par conséquence, le vécu pourrait primer sur tous les autres paramètres de toute construction », explique Claude Senouf.

Mais il demeure malgré tout un artiste contemporain. Et donc, il ne peut se résoudre à se lover, lui aussi, dans un rassurant discours «peinture-peinture» prônant un sublime retrait. Son œuvre est à la fois une peinture et une critique de celle-ci. Une critique de l’histoire de la peinture et du discours souvent entendu sur la peinture. Tantôt fasciné par les dessins et formes en transe, tantôt ébloui par le langage fascinant des couleurs et des symboles, Claude Senouf révèle une palette diversifiée d’œuvres inspirées de fragments et de symbolisme, plus gestuelles et moins formelles. Et si l’art contemporain a pour désinvolture de se séparer, alors là, il faut bien admettre qu’apparemment ce temps est révolu. L’art que Senouf nous donne à apprécier aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec cet art contemporain – art de la séparation et du sublime détachement, du néo- plasticisme à l’expressionnisme abstrait – qui semble réjouir certains artistes peintres ou sculpteurs. Sa méthode d’approche du regardeur procède par induction de virtualités contenues dans l’œuvre qu’il ne reste plus qu’à nommer.

«La rencontre des monothéismes n’a pas réussi à effacer les traces de cultes plus anciens. Claude Senouf voulait retrouver, par une sorte de dérive maîtrisée, un monde de totems surdéterminé par l’effort de l’imaginaire et habité de fantasmes originaires. Le bonheur quotidien du culte de la mer et de la terre rouge qui resurgissent constamment pour rappeler par une sorte de fièvre soudaine explosant au milieu de plages de calme une hâte d’exister par laquelle la modernité vient séjourner au milieu de la tradition», indique à ce propos le philosophe et le sociologue français George Lapassade. Un lâcher-prise Dans ses travaux, Claude Senouf cultive un lâcher-prise qui autorise à sa création de remonter de l’obscurité jusqu’au grand jour. Ici encore, la composition s’impose d’elle-même en une sorte de lumineux éclat visionnaire, à partir de quelques éléments entrevus que l’ensemble se construit au rythme de l’élan créateur. Dans ses œuvres, le contemplateur s’aperçoit immédiatement les possibilités de notre artiste de guider méthodiquement son imagination pour faire quelques pas dans les territoires infinis de la création. L’œuvre prouve en outre que l’artiste a toute liberté d’imposer un style à ses sujets, sans contraintes aucunes.

Ayoub Akil

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